le trait d'ironie employé par le président de la région Bretagne : « Qu’ils en profitent pour rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne ! » traduit ce que j'appellerai la force du système de pouvoir. Ce système ne repose que sur l'allégeance de nos grands élus qui font semblant. La vraie démocratie commande le respect des peuples et non celui des grandes régions construites pour maintenir le système. Notre président de région a choisi son camp depuis longtemps.
« Qu’ils en profitent pour rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne ! » C’est par ce trait d’ironie que Loïg Chesnais-Girard a renouvelé son opposition marquée dans le journal Ouest-France à la voie législative empruntée pour redonner vie à l’Alsace. Il avait trouvé ça « aberrant » deux jours plus tôt, ce qui restera une faute politique majeure. Comment peut-il reprocher aux élus Alsaciens d’avoir avancé pour l’Alsace, lorsque la Bretagne historique reste en rade ?
Si nous voulons réunifier la Bretagne, ce n’est pas avec le refus de la région des Pays de la Loire que nous allons réussir. On ne demande pas à une dinde si elle est d’accord avec la fête de Noël, disait Patrick Mareschal il y a quelques années. Pour redonner vie à l’Alsace et réunifier la Bretagne, il faut une loi spéciale expression d’une volonté politique forte pour passer outre au refus des collectivités concernées sur la base du fameux article L 4122-1 du code général des collectivités territoriales.
C’est d’ailleurs le sens de la proposition de loi Molac qui n’a pas pu prospérer.
C’est moins le personnage politique Chesnais-Girard que je souhaite ici critiquer que le système que nous affrontons depuis si longtemps et qui ne veut pas de la réunification.
En 2015, nous n’étions pas loin de réussir, mais le système s’est ressaisi et les députés socialistes se sont mis d’accord sur le dos des Bretons en faveur du statu quo. Au moment ultime, les Bretons n’ont pas pu remporter la bataille, pour une raison simple : ils n’ont pas osé mettre le Parti socialiste en face de ses responsabilités. Un jour sans doute, j’y reviendrai de manière précise.
Ce que j’appelle système, c’est le système de Pouvoir reposant sur la pensée d’Etat considérant que le peuple breton n’a pas d’existence puisqu’il est contraire aux fondations constitutionnelles. Et si notre peuple n’existe pas, au nom de quoi pourrait-on justifier la réunification ?
Ce sont les socialistes qui nous ont mis dans cette panade en 2015. Et ce sont encore les socialistes qui ont bloqué au Conseil départemental de Loire-Atlantique l’extraordinaire pétition des 105 000 lancée par Bretagne réunie.
Les grandes régions dénuées d’âme que Loig Chesnais-Girard entend ainsi protéger et qu’il nomme « territoires » ne sont que l’expression des peurs jacobines, de la bêtise administrative et surtout de l’intérêt du système. C’est un échec cuisant.
Plus que jamais, il nous faut penser la démocratie dans sa dimension humaniste consistant à respecter les peuples et les appartenances identitaires.
Loig Chesnais-Girard est le pur produit de ce système. Il a hérité de la région Bretagne administrative de Le Drian, et s’y sent comme un poisson dans l’eau. Plusieurs mois auparavant, il avait cosigné un communiqué des présidents de région affirmant que l’heure n’était plus au redécoupage !
Comme beaucoup d’élus, Loig Chesnais-Girard vit et pense 4 départements, comme l’indique encore le projet d’IGP dédiée au vin breton des 4 départements de la région administrative. La Loire-Atlantique présente peu d’intérêt à ses yeux.
Il y a trois ans, Koun Breizh lui demandait son appui pour sauver le manoir du dernier secrétaire du duc de Bretagne, à Bouvron, Loire-Atlantique. « Je ne suis pas compétent en Loire-Atlantique, avait-il répondu ! » Le manoir a été détruit !
Demandons-nous pourquoi les Alsaciens avancent et pas les Bretons ? Nos élus ne sont pas là. Ils sont au chaud dans le système. On aurait pu concevoir que la proposition de loi Molac fût soumise au vote pour autoriser une consultation et réunifier enfin la Bretagne. Des centaines de milliers de personnes l’attendent avec impatience, de l’autre côté du mur… La proposition de loi est restée en rade faute de soutien politique.
Depuis l’étude d’impact publiée en catimini début 2024 par la région Bretagne et le département de Loire-Atlantique sur les conséquences de la réunification, il ne se passe plus grand-chose.
Or on peut toujours agir. La politique c’est aussi l’art des initiatives fortes. Il y a de cela quelques années, le Président du Conseil départemental Patrick Mareschal avait proposé à la région Bretagne d’organiser une session conjointe des deux assemblées. Le Drian n’avait pas donné suite à l’époque en excipant de l’illégalité d’une telle session. Il y aurait tant de choses à initier pour réunifier notre vieux pays…
Comment faire exister un problème démocratique dans l’espace public lorsque les grands élus se taisent ? Les associations qui oeuvrent depuis des années se sentent parfois un peu seules.
Tant que nos élus ne prendront pas à cœur de défendre la Bretagne, rien n’avancera s’agissant de nos langues comme de l’unité de notre vieux territoire et plus largement de nos intérêts fondamentaux.
Loig Chesnais-Girard incarne le renoncement breton. Je l’avais déjà dénoncé dans la « lettre à ceux qui ont renoncé à la Bretagne ». Ce n’est pas avec lui que la Bretagne s’émancipera. Il porte un masque et fait semblant, accordant par là même, une légitimité bretonne au système centralisateur.
Le système centralisateur a toujours besoin du soutien de ses victimes et d’un verbe décentralisateur pour « faire démocratie ». Centralisme et décentralisation sont les deux faces de la même médaille, pour que rien ne change.
Le terme décentralisation ne veut plus rien dire. Et si rien ne change, demain, ce sera le terme « autonomie » qui ne voudra plus rien dire tant il aura été récupéré et désamorcé par les forces du système.
Pour s’émanciper, il faut être capable de bousculer le système et d’écrire les deux mots essentiels : « peuple breton ». C’est un préalable à proclamer sans relâche, car de là dépend tout le reste. Si un peuple n’en est pas un, à quoi bon son autonomie ? A quoi bon réunifier son territoire ou prétendre qu’il s’exprime dans une vraie langue ? On cherche désespérément ces deux mots dans le rapport sur l’autonomie remis au Premier Ministre Borde. Il n’a pas reçu la moindre réponse. Les Corses n’ont pas cette frayeur et ils avancent.
Et pourtant le système est malade, au bout du rouleau. Il ne repose plus que sur l’endettement. Pour que nous retrouvions nos droits, il suffirait que nos élus cessent de s’en faire les premiers défenseurs, le plus souvent, hélas, par intérêt personnel.
La Normandie est réunifiée. L’Alsace relève la tête. Les Basques et les Corses sont en train de sauver leur langue. Et les Bretons restent sur le quai.
Ils ont surtout perdu huit années. On va repartir pour un nouveau mandat ? Bien sûr il promettra beaucoup de choses à commencer par l’autonomie. Mais qui va le croire encore et surtout pourquoi faire ?
Yvon Ollivier
auteur
Commentaires (14)
Et puisque la Bretagne est tronquée, alors tronquons la Loire-Atlantique en obtenant le rattachement de l'arrondissement de Saint-Nazaire. Si cela ne pose pas de problème de tronquer la Bretagne, pourquoi cela en poserait-il un s'agissant de la Loire-Atlantique ?
L'Alsace est bien minoritaire dans le Grand-Est, région qui part de l'île de France jusqu'à l'Allemagne. C'est tout de même différent du cas d'une fusion pour la Bretagne.
Mais si, c'est une Région comme la B4, le Centre -Val de Loire ou la Normandie.
La question n'est pas de savoir si les Pays-de-la-Loire sont favorables à la langue bretonne (la situation dans le 44 est meilleure que dans le 35), si il y a une Histoire etc
Comment la Normandie a obtenu sa réunification ? Par une fusion de deux Régions organisée depuis Paris. Là le 44 en 235 d'existence, c'est simple : aucun vote pour demander à l'Etat de reformer la Bretagne sous forme d'une Région de 5 départements ou sans départements.
Donc quand l'Etat réduit le nombre de Régions par deux, que la Normandie est réunifiée par une fusion, et bien c'est compliqué de demander le "rattachement" du 44 si celui-ci ne fait aucun vote en ce sens.
Je vous le dis tout net : nous nous orientons vers un très long statut-quo, avec potentiellement dans le futur un Grand-Ouest qui sera plutôt une sorte d'inter-région avec les Pays de la Loire, la Normandie, voire le Centre-Val-de-Loire. Nous aurons le pire du pire.
Une fusion, avec un front breton ensuite pour défendre nos intérêts, en particulier culturel, c'était possible. Alors que là c'est le gros ronron où rien ne se passe, on croit que le 44 peut faire sécession comme cela, par un coup de baguette magique d'un gouvernement depuis breton. Même un breton favorable à la réunification à l'Elysée ne pourra rien faire si le 44 est contre (je parle des élus, réelus indéfiniment).
La Bretagne se distingue par son ancrage a gauche ou socialiste et ce n'est pas sans conséquences sur ces questions. La question de l'identité est un profond sujet de crispation idéologique à gauche. Plutôt a éradiquer.
Si un parti s'emparait de ce sujet sérieusement pour répondre aux populations qui veut une Bretagne unie , il aurait du succès , un vrai projet culturel breton et le reste ....
Mais pour cela il faut s'affirmer et donner un cap .
Du point de vue français (La Convention, DALADIER puis PÉTAIN), l'évéché de Nantes devenu département de Loire - Inférieure puis de Loire Atlantique ne doit surtout jamais apparaître comme une ancienne prise de guerre bretonne sanctionnée par des Traités de DIP, mais comme français n'ayant jamais cessé de l'être. Alors l'État fit et fait tout son possible en ce sens même si épisodiquement un mauvais débat échoue sur le ressort de la Cour d'Appel de Rennes.
De 845 à 1477, l'État Breton vainqueur est dans son territoire souverain selon les Traités de DIP malgré l'incessant harcèlement pratiqué par la France ;
De 1532, soit l'annexion de la Bretagne par François Ier, à "la Nuit du 4 août" 1789, l'État Français respecte très péniblement (Bonnets Rouges) les droits de la province conquise et occupée.
Depuis 1789 et la fin des Corps intermédiaires dont les provinces, il n'y a plus que l'État de toutes les manières et à tous les étages du système dit "républicain", même s'il n'hésite pas à se proclamer "pays des Droits de l'homme" totalement hostile à l'uchronique DIP. Il est assez plaisant de constater que ce faisant, l'État Français qui supprime unilatéralement les Corps intermédiaires dont l'Édit royal d'annexion de 1532, rétablit la Bretagne souveraine et occupée dans son territoire historique.
Abominablement spoliée par François Ier, Renée de Bretagne, de France et de Ferrare, fille de Anne, a des descendants.
Dans la période récente, de pseudo "contrats - régions" entre l'État et la Bretagne pas réunie ne furent jamais respectés par le prédateur.
Aujourd'hui, le Président LCG disant : « Qu’ils en profitent pour rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne ! », ne fait que signifier sa totale soumission et celle de la Bretagne devenue région de l'État jacobin. Manière de suggérer que quelque soit le territoire breton consenti par l'État à sa conquête, lui serait encore là pour accomplir le job imposé depuis Paris. Ainsi, de la Bretagne toujours soumise au DIP qui la libèrerait au moins par un accès à l'autonomie dans son territoire historique, il n'est pas question, mais simplement de la volonté étatique et de ses relais qui persistent à nier le droit.
Voici pourquoi la Justice européenne doit statuer.
A