"Kimiad an ene" — Trio Pêr Vari KERVAREC (Barzaz Breizh)

La publication de « BARZAZ BREIZH - La mémoire d’un peuple », du Trio Pêr Vari KERVAREC a eu lieu le 19 janvier 2025 ! Nous n'avons reçu, en service de presse, l’exemplaire du Compact-Disc que le 27 janvier… 2026 ! Au vu de l'excellence de l'album, nous ne pouvions, même avec ce long différé, le passer sous silence.

C’est d’un remarquable opus qui a obtenu, en juin 2025, le Prix Coup de cœur des internautes décerné par le label Produit en Bretagne, dont nous allons vous parler.

Jaquette du CD du Trio Pêr Vari KERVAREC - Barzaz BreizhJaquette du CD du Trio Pêr Vari KERVAREC - Barzaz Breizh ABP

Cette distinction, avec le Prix Coup de cœur du jury professionnel 2025, décerné à KAOLILA, pour son superbe album « PILHOÙ » (Notre chronique) , est, rappelons-le, destiné à récompenser, annuellement, la création musicale d’inspiration bretonne.

Revenons à ce digne et fort légitime lauréat qui n’est autre que l’exceptionnel Trio Për Vari KERVAREC, primé pour son magnifique album « BARZAZ BREIZH - La mémoire d’un peuple ».

La genèse de cette création discographique s’inscrit dans la droite ligne d’une commandé initiée par les Archives Départementales du Finistère, ceci en lien avec une exposition sur le Barzaz Breizh qui avait eu lieu au Musée Départemental Breton de Quimper, en 2022.

L’institution culturelle et mémorielle était, alors, venue voir le trio en concert et

appréciant son approche artistique et identitaire lui avait proposé de revisiter à sa façon, ce chef-d’œuvre de la littérature bretonne publié en 1831, par le philologue spécialiste de la culture bretonne et natif de Quimperlé, Théodore HERSART DE LA VIILEMARQUE (1815-1895), en faisant vivre, revivre l’ouvrage, peut-être, différemment.

A partir de cette invitation, le trio a l’idée d’étudier l’ouvrage autrement que Yann-Fañch KEMENER l’avait fait avec la MAITRISE DE SAINTE-ANNE-D’AURAY, en prenant pour point de départ l’époque de la Révolution française, afin, notamment de s’interroger sur ce que représentait, au milieu du 19e siècle, cette bible de la culture bretonne, ce véritable trésor du patrimoine breton, souvent décrit comme « La mémoire d’un peuple » et symbole d’un renouveau identitaire.

Curieusement, il s’agissait aussi, de percevoir le point commun qu’il pouvait exister entre les druides, les chrétiens et les « pro- culture bretonne ».

En 9 titres, dont 2 instrumentaux, et pas moins de plus d’une heure de délicieuse et substantielle écoute, ce disque a pour ambition de faire voyager l’auditeur dans la Bretagne de ce 19e siècle, mais aussi de lui faire prendre conscience de l'importance de sauvegarder la culture de nos régions, nos différentes identités.

C’est une invitation à un périple hors du temps, une plongée dans la mémoire vivante d’un peuple à travers la musique traditionnelle et la langue bretonnes.

Après « Kan an Anaon – Le chant des trépassés » (paru en mai 2022), produit et distribué par l’Association Mibien Kerne, « BARZAZ BREIZH - La mémoire d’un peuple » est le deuxième opus du Trio Për Vari KERVAREC.

Nous vous précisons que la publication de « BARZAZ BREIZH - La mémoire d’un peuple » a eu lieu le 19 janvier 2025 et a fait l’objet d’un exceptionnel concert de lancement en l’Eglise de la Madeleine, à Paris, ce même jour.

Nous regrettons de n'avoir, mais néanmoins fort aimablement, reçu en service de presse, l’exemplaire du Compact-Disc que le 27 janvier… 2026, ce qui banalisera, quelque peu, nos propos, qui seront, depuis, tout ce temps écoulé, forcément redondants avec les nombreux papiers bien antérieurement publiés en ligne, ce dont nous vous prions de bien vouloir nous excuser.

Mais cet album étant excellent, dérogeant à notre timing et ligne éditoriale habituels, nous ne pouvions, même un an après sa publication, le passer sous silence…

Nous espérons que certains de nos fidèles visiteurs, ignorant, encore, la parution de ce bijou discographique, seront heureux de le découvrir, pour, au plus vite, le commander.

Pour information, nous leur signalons, également, la parution d’un 3e opus du trio, titré, « Pellgent, un Noël breton », publié en novembre 2025.

Pour une première chronique, sur Culture et celtie, l’e-MAGazine, hormis, des mentions et extraits sonores, précédemment publiés, au travers de la programmation du festival Celtomania 2025 , 2024 , 2023 , ou pour des versions de « An Alarc’h » , ou de « Marv eo ma mestrez » , magnifiquement interprétées par le trio, nous allons, sommairement et en quelques lignes, vous présenter cette formation d’exception.

Le Trio Pêr Vari KERVAREC se forme, réellement, au début 2020, avec la volonté de proposer au public un voyage dans cette culture bretonne enracinée, en se laissant envoûter par des mélopées où se révèlent la mémoire d’un peuple, l’âme profonde de la Bretagne.

En fait, l’aventure des concerts commence en 2019 avec Pêr Vari, à la bombarde et au chant, Tony DUDOGNON, à l’orgue et Fañch LE GOFF, au biniou.

En 2020, pour des raisons professionnelles, Fañch quitte le trio, Eliaz LE BOT, au biniou et saxo, arrive alors, à l’invitation de Pêr Vari.

C’est, d’ailleurs, sous cette configuration, KERVAREC / DUDOGNON / LE BOT que le trio enregistrera « Kan an Anaon – Le chant des trépassés ».

Malheureusement, il était compliqué pour Eliaz, avec ses études au Pont Supérieur de Rennes et ses groupes corollaires, de suivre le rythme des tournées à travers la Bretagne et hors péninsule armoricaine.

Loeiz MEHAT est, alors, arrivé dans l’aventure pour le remplacer.

Puis, le Trio Pêr Vari KERVAREC poursuit son évolution avec l’intégration du Quimpérois, Brieuc COLLETER, aux low whistles, cornemuse et biniou.

Brieuc est le fils du regretté sonneur de cornemuse du BAGAD KEMPER, Xavier COLLETER.

« Brieuc est un ancien penn-cornemuse du BAGAD DE LANN BIHOUE, où nous nous sommes rencontrés », précise, dans Ouest-France, Pêr Vari.

En quelques mots, certes, bien loin d’être exhaustifs, nous vous proposons une approche biographique des trois artistes :

Pêr Vari KERVAREC est un chanteur, sonneur de bombarde, passionné de gwerzioù et cantiques bretons.

Après un titre de Champion de Bretagne dans la discipline « Bombarde et Orgue », en 2018, Per Vari rencontre des organistes réputés tel que le finistérien Olivier STRUILLOU, titulaire du grand orgue de la Cathédrale de Quimper.

Après une formation dans l’école des bagadoù, il poursuit sa formation auprès de Fabrice LOTHODE, Jean-Yves HERLEDAN, mais aussi, au Bagad de LANN BIHOUE de 2011 à 2017 au sein duquel, pendant un an, en membre sortant, il côtoie… l’entrant Brieuc COLLETER !

Tony DDUDOGNON, est un organiste originaire de Poitiers. Il débute sa pratique musicale par le saxophone, avant de se passionner pour l’orgue et la musique ancienne. Il entre, alors, dans la classe d’orgue de Dominique FERRAN, au conservatoire de Poitiers, puis dans celle de Marta GLIOZZI, au conservatoire de Brest, où il obtient le Diplôme d’Etudes Musicales, en 2021.

Aujourd’hui, Tony est enseignant au conservatoire de Brest.

Passionné de musique traditionnelle, Brieuc COLLETER commence par la bombarde en intégrant le Bagad KERNE et en suivant, en parallèle, des cours au conservatoire avec Pascal RODE. Très vite, il se met à la flûte et découvre le répertoire irlandais. En 2011, il décide d’apprendre la cornemuse en autodidacte avec les précieux conseils de son père, sonneur de cornemuse pendant 50 ans. Il se perfectionne grâce à son passage au Bagad de LANN BIHOUE de 2015 à 2021. Il joue, aujourd’hui, au bagad du Pays bigouden, CAP CAVAL, Champion de Bretagne en titre, et est très actif sur la scène des concours de couples et solistes de cornemuse.

In fine, c’est avec Pêr Vari KERVAREC, au chant et bombarde, Tony DUDOGNON, à l’orgue et Brieuc COLLETER, à la cornemuse écossaise, au biniou et low whistle qu’est enregistré, ce présent disque « BARZAZ BREIZH, La mémoire d’un peuple ».

En invités, vous noterez, sur certains morceaux, les très belles interventions de Caroline FAGET (Notre chronique) , au piano, et de René GONIDEC, au biniou.

Tous deux étaient déjà présents auprès du trio, le dimanche 5 novembre 2023, à la Cathédrale Saint-Corentin de Quimper, lors du dernier concert de « La mémoire d’un peuple ».

Dès les premières mesures, vous constaterez l’excellence de l’enregistrement, fort brillamment, réalisé, pour éviter toute perturbation sonore extérieure, de nuit, au cours du mois de novembre 2023, à la Cathédrale Saint-Samson de Dol de Bretagne par Fred WOLF qui a, également, assuré le mixage et le mastering. C’est un régal de mise en espace et en matière de relief sonore.

Comme un souffle haletant, les premières notes d’un vibrato d’orgue, sur lequel viennent s’adosser les cristallins glissandos et de biens gracieux exposés mélodiques émanant du piano de Caroline FAGET, relayés par le mélancolique biniou kozh de Brieuc COLLETER, alors rejoint par la puissante et l’« élévatrice » bombarde de Pêr Vari KERVAREC incarnent mystiquement la première pièce du programme proposé.

« Kimiad an Ene » (Le départ de l’âme) ; cette conversation entre l’âme et le corps qu’elle quitte ouvre magistralement l’album.

Après une très courte césure, intervenant au dernier tiers du morceau, l’ampleur interprétative et collective de tous les instruments, dont l’orgue qui se déchaine, vous insufflent, et le terme est, ô combien, ici, justifié, émotion, contemplation et sérénité.

Cette magnifique, solennelle, saisissante interprétation, intégralement instrumentale traduit, au plus près, au plus profond, l’essence même du texte de ce chant, que l’on peut traduire littéralement, ainsi :

Didostait da glevet kanañ an disparti

A ra an ene mat pa ea maez deus an ti.(bis)

Eñ a ra ur sellig, ur sellig ouzh an traoñ,

Da gomz ouzh e gorf paour zo war e wele klañv.

Viens écouter le chant d'adieu.

L'âme se porte bien hors de la maison (bis).

Il regarde, baisse les yeux,

Pour parler à son pauvre corps alité.

et dont certains éléments du texte intégral sont repris, dans le livret joint au C.D., plus littérairement, sous cette forme :

« Venez entendre chanter le départ de l'âme bienheureuse au moment où elle quitte sa demeure.

Elle abaisse un peu son regard, son regard vers la terre, pour parler à son pauvre corps, qui est au lit malade ».

[…/…]

L'ÂME :

[…/…]

« Au revoir, mon pauvre corps, au revoir, je vous dis : Au revoir, mon corps et merci !

Au revoir, au revoir, dans la vallée de Josaphat.

J'entends des concerts, tels que je n'en entendis jamais ; les nuages fuient, le jour brille !

Me voilà fleurissant comme un rosier au bord du ruisseau de la Vie, dans le jardin du paradis ».

Restituant la présence et l’ampleur sonore que peut engendre l’acoustique d’une cathédrale, l’écoute à bon volume de ce premier morceau, vous constaterez, nous y revenons, la qualité sonore que nous vous mentionnions, plus haut et labellisée sur le C.D. « High Dynamic Range Quality Mastering ».

Au sixième siècle, la peste qui déferla sur toute l’Europe fit, également, de grands ravages en Armorique. Ceux qui en étaient frappés perdaient les cheveux, les dents et la vue, jaunissaient et ne tardaient pas à mourir. Il y eut des cantons de la Bretagne armoricaine dont la population fut emportée tout entière. La paroisse d’Elliant, en Cornouaille, fut de ce nombre, emportant 7.100 personnes.

Seuls une vieille femme et son fils ont survécu.

Une femme se lamente en accompagnant au cimetière les neuf enfants qu'elle avait mis au monde ; le père, devenu fou, suit en sifflant.

Pêr Vari KERVAREC nous propose, sur la durée la plus étendue de l’enregistrement discographique, soit plus de 10 minutes, une version époustouflante de « Bosenn Elliant » (La peste d’Elliant).

Avec grande sensibilité et nuances, la pianiste Caroline FAGET introduit la mélodie, avant que, sur ses limpides notes et sous la voûte, ne s’élève la céleste et très attendue voix de Pêr Vari qui, ponctuée d’un intermède, fort souplement, joué, sur nappe d’orgue, au Low Whistle, par Brieuc COLLETER, chante en breton, les 4 premiers couplets de l’œuvre, soutenu, à présent par l’orgue de Tony DUDOGNON.

Tre Langolen hag ar Faouet

Ur barzh santel a vez kavet

Hag eñ Tad Rasian anvet

Laret en deus d'ar Faouediz :

Lakaet un oferenn bep miz

Un oferenn en hoc'h iliz

Aet eo ar vosenn a Elliant

Hogen n'eo ket aet hep forniant

Aet zo ganti seizh mil ha kant

E bro Elliant, hep laret gaou,

Emañ diskennet an Ankou

Marv an holl dud neme

Entre Langolen et Le Faouet,

Habite un saint Barde,

Et qu’on appelle Père Rasian

Il a dit aux hommes du Faouet :

Faites célébrer chaque mois une messe

Une messe dans votre église.

La peste est partie d'Elliant,

mais non pas sans fournée :

elle emporte sept mille âmes.

Au pays d'Elliant, sans mensonge,

L'Ankou est descendu.

Tous, sauf deux, sont morts.

Le low whistle prolonge cette prenante « ode », puis dialogue avec la bombarde et l’orgue.

En crescendo, l’envoi, orgue et bombarde nous porte dans l’au-delà! Quoi dire ? Tout simplement, que c’est beau, envoûtant, inspirant !

Un vieil homme se lamente sur la mort de son fils tué par l'intendant des Francs alors qu'il venait porter le tribut des Bretons ; comme il manquait trois livres dans un des sacs, le Franc lui avait tranché la tête pour faire le poids.

Ce vieil homme descend, alors, de ses monts d'Arrée et va trouver le roi Nominoé, qui promet de le venger.

Le roi amasse des pierres dans trois sacs et va se présenter à Rennes, avec ce qu'il annonce être le tribut. L'intendant pèse les sacs ; au troisième, comme le poids n'y est pas, il essaie d'ouvrir le sac. Nominoé dégaine son épée comme pour trancher les liens, mais c'est la tête de l'intendant qu'il tranche…

Le livret annexé au C.D. précise :

« S’enfuyant dans la nuit, Nominoe lance, dès l’an 848, la grande révolte qui marquera la première unification des clans d’Armorique en un royaume indépendant ».

C’est, en piste 3, le thème de cette version instrumental de « Drouk Kinnig Neumenoiou » (Le tribut de Nominoë) que semble chanter le piano de Caroline, avant que l’orgue et le whistle ne lui donnent la réplique.

L’envoi de la pièce est confié au couple bombarde et orgue.

Piste 4, voici « Diougan Gwenc’hlan » (La prophétie de Gwenc’hlan).

Pour notre part, nous avions connu ce chant dans la voix et le tempo d’Alan STIVELL s’accompagnant à la harpe celtique, une version enregistrée en 5e plage Face B de son vinyle 33 tours « E langoned », paru, chez Fontana (Réf 6325332), en 1974.

Pa guzh an heol, pa goeñv ar mor

Me 'oar kanañ war dreuz ma dor

Pa oan yaouank me a gane

Pa 'z on deut kozh, me 'gan ivez.

Me 'gan en noz, me 'gan en deiz

Ha me keuziet bras koulskoude.

Mard eo ganin stouet ma beg,

Mar 'm eus keuz n'eo ket hep abeg

Quand le soleil se couche, quand la mer s’enfle,

je peux chanter sur le seuil de ma porte.

Quand j'étais jeune, je chantais.

Quand je suis vieux, je chante encore.

Je chante la nuit, je chante le jour,

Et pourtant je suis chagriné.

Si j'ai la tête baissée,

Si j’ai du chagrin, ce n'est pas sans raison.

Ce chant empreint de relents métaphysiques celtiques, où chacun doit mourir trois fois, avant de trouver, enfin, le repos, fait référence à la prophétie de GWEN C’HLAN, l'un des derniers druides les plus farouchement opposés au christianisme.

Nous sommes, ici, bien loin de l’interprétation, somme toute, assez folk du légendaire harper hero breton, mais plutôt, sur nappes d’orgue, dans les volutes musicales du chant incantatoire.

Le souple whistle apporte, contextuellement, la note celtique, évoquée précédemment.

Ma-gni-fique !

En piste 5, suit « Livaden Geris » (Submersion de la ville d’Is), où Për Vari se révèle excellent conteur, pour décliner, sur grondements d’orgue et lignes de whistles, un texte, vous l’avez, bien évidemment, deviné, relatif à la légende de la ville d’Ys ou, Is, parfois appelée Kêr Ys (en breton Kêr-Is), engloutie par l'océan.

Le roi Gradlon régnait au Vè siècle sur la ville d'Is. Cette cité que l’on situe au large de Douarnenez était protégée de la mer par un puits, dont le roi gardait la clé.

Un soir de débauche, Dahut, la fille du roi profite du sommeil de son père pour dérober la clé et ouvrir le puits, provoquant ainsi la submersion de la ville d'Is. En punition, Dahut est changée en sirène !

Pêr Vari dit les cinq strophes de la version en français de la légende de Kêr Ys, recueillie par LA VILLEMARQUE et extraite du Barzaz Breiz.

La mélodie que nous avions, cette fois, découverte en 1971, jouée en couple harpe et violoncelle figure, sous le simple nom « Ys » et en ouverture du célèbre et référent vinyle 33 tours instrumental « Renaissance de la Harpé celtique » -Fontana (Réf 9101502), de STIVELL.

Déjà magnifique sur ce célèbre disque d’Alan qui a reçu le prix de l’Académie Charles-Cros, elle est, ici, transcendée, notamment en seconde partie de la pièce, par l’intervention de tous les forts talentueux et amples souffles de tous les instrumentistes présents.

« Distro euz a Vro-zaoz » (Le retour d’Angleterre ou Silvestrig) apparait, alors, à votre écoute, sur la piste 6. Evoluant sur un « bourdon » d’orgue, la magnifique voix de Pêr Vari, qui fait, bien évidemment, penser à celle du, ô combien regretté, Yann-Fañch KEMENER, chante les trois premiers couplets du texte.

La reprise bombarde et orgue, puis biniou, précédant, le « choral final » de tous les instruments, est autant puissante que nuancée. Que c’est beau, majestueux ! Et, une fois nouvelle, quelle qualité d’enregistrement !

Vous retrouverez un extrait de cette version du Trio, ainsi que d’autres interprétations, dont celle d’Alan, enregistrée, face 2 - plage 3, sur son premier disque vinyle 33 tours, publié en tant que professionnel et paru en 1970, « Reflets - Fontana (Réf : 6399.008, au sein de notre chronique. « Silvestrig et ses versions... »

Changement de volume et de couleur sonores, avec une superbe introduction concertante du piano de Caroline FAGET qui précède le chant Per Vari, pour un vibrant « Lannig Skolan » - Yannick Skolan.

L’excellent site Son ha Ton, auquel nous nous référons, précise sur sa page :

« L'histoire de Yannig Skolan se compose de deux parties différentes, « Ar gwall-daol » - L’accident et « Truez an ene » -Pitié de l’âme, que LA VILLEMARQUE a réunies à partir de versions incomplètes. La première, en dialecte vannetais, raconte comment Yannig Skolan a tué la petit Mauricette, qui refusait de lui donner un baiser ; et comment il a été pendu pour ce crime.

La seconde, plus ésotérique, raconte la visite que fait l'âme de Yannig à sa mère, pour implorer son pardon, sans lequel il ira en enfer. Sa mère lui rappelle tous ses forfaits ; Yannig répond à chaque fois qu'il sait bien à quel point il est coupable, mais que Dieu lui a pardonné et qu'elle doit le faire aussi. »

Entrecoupés de langoureux ponts de whistle, Për Vari chante, par groupes de trois, les six couplets du deuxième texte, « Truez an ene ».

Encore une fois, pour le final, le couple bombarde et orgue apporte » le coup de grâce » à notre intense émotion.

Piste 8 : Une élégante introduction de piano de Caroline FAGET, au terme de laquelle vous reconnaitrez immédiatement, mais, ici, dans un tempo apaisé, fluide et non scandé, comme souvent, le célèbre… « An Alarc’h » (Le Cygne) !

Nous ne vous ferons pas l’injure de vous présenter cette iconique pièce qui se conclut, ici, au dernier tiers de son exécution avec la puissante bombarde de Pêr Vari devenant, parfois, presque hispanisante, relayée par le biniou et les « pleins feux » de l’orgue et de l’ensemble de ses instruments partenaires de jeu.

Là, encore, vous retrouverez un extrait de cette version du Trio, ainsi que d’autres interprétations, dont celle du duo Caroline FAGET et Pêr Vari KERVALEC, enregistrée en 8ème piste de leur C.D. « Gwragez - L'île aux femmes », produit en 2025 par l’Association Mibien Kerne, cette fois au sein de notre chronique « An Alarc'h et ses versions... » .

Nous arrivons, malheureusement, au terme de ce disque époustouflant, avec, une mélodie que vous allez, de suite, identifier : « Baz Valan » !

« Ar baz valan -L'Homme au bâton de genêt » est une mélodie traditionnelle bretonne.

Elle sert de thème musical à la chanson « Borders of salt - Frontières de Sel », de Dan AR BRAZ, reprise avec l'Héritage des Celtes et devenue, ainsi, très populaire dans les années 1990.

En dernière page du livret, voici le texte, français et breton qui éclaire la pièce :

- Et qu’as-tu donc, mon ami, que ton cœur n’est pas joyeux ?

  • J’avais une petite colombe, et voilà que l’épervier est accouru, comme

un coup de vent, et il a effrayé ma petite colombe, et l'on ne sait

ce qu’elle est devenue. N’avez-vous pas vu ma petite colombe ?

  • Je n’ai point vu ta petite colombe, ni ton pigeon blanc non plus.
  • Mon pigeon blanc sera trouvé mort, si sa compagne ne revient pas;

il mourra, mon pauvre pigeon ; je m'en vais voir par le trou de la porte.

  • Restez, bel ami ; un moment, j’y vais moi-même. Seigneur Dieu ! Que

celui-ci est fini ! Viens donc, mon ami, viens avec moi ; la petite

colombe n’est pas perdue : c'est moi- même qui l’ai gardée, dans ma

chambre, en une cage d’ivoire, dont les barreaux sont d’or et d’argent

elle est lé toute gaie, toute gentille, toute belle, toute parée.

Bennoz ha joa barzh an ti me, muioc'h evit zo ganin-me

Na petra ‘peus ‘ta ma mignon, pa nede-eo joeius da galon ?

Eur goulmig ‘moa em c’houldri, hag eur gudon em boa ganti

ha setu digouet ar sparfel, ker prim hag eur barrad avel,

mac’houlmig ‘deus spontet

Ma c’houlmig wenn,’peus ket gwelet, n’em bo a-vad, plijadur bet Ken

n’am bo ma c’houImik kovet, da goulmik ne ‘meus ket gwelet

Mervel ar rei mo c’hudon baour, me ya do welet dre an nor,

me ya da welet.

A l’image de la littérature, au sein de laquelle paraissent des ouvrages d’exception, généralement de grand format, agrémentés de magnifiques illustrations en couleurs de grande taille, l’ensemble imprimé avec grand soin, qui mérite d’être classé dans les « Beaux Livres », « BARZAZ BREIZH, La mémoire d’un peuple », que nous devons au Trio Pêr Vari KERVAREC, se révèle être un exceptionnel recueil musical et vocal que nous classerons, avec enthousiasme, conviction et émotion et, surtout… sans la moindre restriction, en sa bonne et juste place des « Beaux albums », pour ne pas dire des « Très beaux albums », voire des « excellentissimes albums ».

Fidèles et exigeants mélomanes amoureux de la musique et de la culture bretonne qui nous faites l’honneur de fréquenter assidument nos pages sonorisées en ligne, procurez-vous, au plus vite, cette pépite musicale et culturelle, notamment en vous rapprochant de l’Association Mibien Kerne (mibinekerne@gmail.com) qui sera à même, de vous indiquer des points de vente.

Gérard SIMON

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Notre papier numérique, aussi long soit-il, étant très loin d’être exhaustif, consultez l’excellent site SON HA TON dont la richesse documentaire nous a bien aidés pour la rédaction de cette chronique. Que l’équipe en soit, chaleureusement, remerciée.

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Illustration sonore de la page : Trio PÊR VARI KERVAREC - De l'album « Barzaz Breizh - La mémoire d'un peuple » : "Kimiad an ene" - Extrait de 01:07.

La page du Trio PÊR VARI KERVAREC : ICI .

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine (Voir site)

Les titres du CD du Trio PÊR VARI KERVAREC - « Barzaz Breizh - La mémoire d'un peuple » :

01. Kimiad an Ene (Le départ de l’âme) - 07:14.

02. Bosenn Elliant (La peste d’Elliant) - 10:13.

03. Drouk Kinnig Neumenoiou (Le tribut de Nominoë) - 06:52.

04. Diougan Gwenc'hlan (La prophétie de Gwenc’hlan) - 04:41.

05. Livaden Geris (Submersion de la ville d’Is) - 05:40.

06. Distro euz a Vro Zaoz (Le retour d’Angleterre ou Silvestrig) - 07:33.

07. Iannig Skolan (Yannick Skolan) - 07:59.

08. An Alarc'h (Le Cygne) - 06:36.

09. Baz Valan - 06:36.

Durée totale : 01:03:03.

Trio PÊR VARI KERVAREC - « Barzaz Breizh - La mémoire d'un peuple ».

Parution : 19 janvier 2025.

Production et distribution : Association Mibien Kerne .

Référence : EAN13 3770037352003

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