Charlie Grall est décédé le 27 février 2026. Journaliste de profession, ancien militant du FLB, fondateur du Festival du Livre en Bretagne à Carhaix et créateur de l’hebdomadaire Breizh Info, il aura marqué durablement la vie culturelle et politique bretonne.
De la prison à l’action publique
Né le 3 janvier 1955 à Laz, brittophone revendiqué, Charlie Grall est journaliste de profession. Il travailla notamment à Ouest-France et au Télégramme avant de créer son propre organe de presse centré sur le combat breton. Il appartient à cette génération qui a remis la question bretonne au cœur du débat politique. Dans les années 1970, il s’engage au sein du Front de libération de la Bretagne (FLB). Arrêté en juin 1979, il est jugé et condamné par la Cour de sûreté de l’État, emprisonné, puis amnistié après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981.
Après l’échec de la stratégie du rapport de force, Charlie Grall, comme d’autres, choisit alors d’investir le champ public et les médias : presse, édition, organisation culturelle. Le combat change de forme, mais pas d’objet. Installé à Carhaix au début des années 1980, il fera de cette ville son port d’attache.
Carhaix, moteur culturel et politique
En 1990, il crée le Festival du Livre en Bretagne. L’événement deviendra, au fil des ans, un rendez-vous majeur de l’édition bretonne, en breton comme en français. Salon littéraire, certes, mais aussi point de convergence annuel du monde associatif et militant breton. On y vient autant pour rencontrer des auteurs que pour croiser des acteurs politiques de la cause bretonne, renouer des contacts, mesurer des rapports de force, échanger des idées, lancer des projets, proposer des manuscrits aux éditeurs ou simplement sentir l’air du temps — pluvieux ou pas — à l'abris du centre culturel Glenmor.
Festival du livre à Carhaix : le grand rendez-vous des militants
Une vision sans détour
Sa conception politique de la question bretonne était directe, parfois abrupte, toujours prioritaire. En 2015, dans un commentaire publié sur ABP, il écrivait :
« Le bon choix, [...] ni droite, ni gauche : breton ! Sortez de vos tambouilles et prises de tête politicienne et pensez "BRETAGNE", "BRETAGNE" et encore "BRETAGNE" »
Cette formule résume sa boussole : dépasser les clivages hexagonaux, recentrer le débat sur l’intérêt national breton, maintenir la question bretonne au cœur du politique.
Presse et écriture
En 1996, il fonde l’hebdomadaire « Breizh Info », qui paraîtra jusqu’en 2001. Cette aventure journalistique témoigne de sa volonté de structurer un espace médiatique propre, capable d’exprimer une analyse bretonne des événements. Aucun média imprimé n’a réellement repris ce créneau à ce jour, même si des projets existent.
Parallèlement, il publie de nombreux ouvrages, en français et en breton : « Un combat pour la Bretagne », « Fier d’être Breton », « Le problème breton en 20 questions », « Pays Basque. Les chemins de la paix », mais aussi des textes en brezhoneg comme « Ur breur er stourm », « Remont Delaporte », « Reun ar C’hala », « Div blanedenn », « Un devezh labour e ti Pêr Moc’h » ou encore « Toull Kerliv », roman récompensé en 2025. Essais politiques, portraits militants, fictions ancrées dans le pays : l’écriture fut pour lui une autre forme de continuité dans ce combat pour l’autonomie et les droits culturels et linguistiques.
Une figure emblématique
Radicalité, recomposition, institutionnalisation culturelle : Charlie Grall incarne l’évolution d’une génération de militants bretons. Il laisse une œuvre, une institution solidement ancrée à Carhaix, des livres, et une formule qui continue de résonner : « Penser Bretagne — d’abord ». Comme l’a formulé le maire de Carhaix sur ICI Breizh Izel : « C’était un homme que l’on est content d’avoir rencontré ».
Une cérémonie d’adieu se tiendra le mardi 3 mars à 14h au crématorium de Carhaix.
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