
Une cote confirmée à Berne, une dizaine de documents bretons signalés à Saint-Pétersbourg, de nouveaux corpus classés et des échanges engagés avec plusieurs réseaux européens : BRETAGNE-DOC présente les résultats vérifiables de sa semaine de travail et les démarches qui restent à poursuivre.
Les archives de l’histoire bretonne sont dispersées bien au-delà de la Bretagne. Certaines pièces sont connues mais difficiles à localiser ; d’autres apparaissent dans des catalogues étrangers, sous des graphies anciennes ou au milieu de dossiers diplomatiques plus vastes. Le travail de BRETAGNE-DOC consiste à retrouver ces traces, à vérifier les cotes et les provenances, puis à relier chaque document à une notice compréhensible et contrôlable.
La semaine du 19 au 23 octobre 2026 a apporté plusieurs résultats concrets. Elle a également permis de consolider notre méthode de classement et d’ouvrir de nouveaux échanges avec des institutions, des chercheurs et des réseaux culturels. Toutes ces démarches n’ont pas le même statut : certains documents sont déjà en notre possession, d’autres ont seulement été localisés, et plusieurs coopérations restent à construire.
À Berne, une cote confirmée et un passage de 1493 retrouvé
Les Archives de l’État de Berne nous ont transmis la photographie des pages 258 et 259 d’un registre aujourd’hui conservé sous la cote A IV 6, « Band F : 1491-1494 ». Benjamin Ryser a ensuite confirmé cette cote, levant une incertitude provoquée par une inversion de chiffres dans un premier échange.
La page 259 contient le compte rendu d’une réunion tenue à Lucerne le 5 mars 1493. Le passage concorde avec le paragraphe 456 g de l’édition des anciens recès fédéraux suisses. Il rapporte les arguments présentés par les envoyés du roi de France au sujet de la « demoiselle de Bretagne » et de la fille du roi des Romains, c’est-à-dire, dans leur contexte historique, Anne de Bretagne et Marguerite d’Autriche.
Ce texte ne constitue ni un traité breton ni une décision juridique des cantons suisses. Il conserve la trace de paroles diplomatiques rapportées pendant une négociation. Les affirmations des ambassadeurs doivent donc être distinguées des faits qu’elles prétendent établir. La photographie permet maintenant d’engager une collation précise avec l’édition imprimée, notamment pour les ratures, les ajouts et les formulations que le résumé allemand a pu simplifier.
À Saint-Pétersbourg, une dizaine de documents liés à la Bretagne signalés
La Bibliothèque nationale de Russie nous a apporté une autre piste importante. À partir du catalogue de 1993 consacré aux lettres françaises du XVe siècle de la collection Pierre Doubrovski, une conservatrice du département des manuscrits occidentaux a repéré environ dix documents liés à l’histoire de la Bretagne.
Ce premier ensemble comprendrait notamment deux lettres d’Anne de Bretagne, une lettre de François II et deux lettres de François, comte de Vertus, fils naturel du duc François II. Le signalement est précis et provient directement de l’institution conservatrice, mais les notices détaillées, les cotes, les dates et les reproductions doivent encore être obtenues et contrôlées.
Nous ne présentons donc pas ces lettres comme des documents nouvellement découverts ni comme des pièces déjà étudiées par notre équipe. Le résultat acquis est leur repérage dans une collection déterminée et l’ouverture d’un échange permettant d’aller plus loin. Le catalogue de 1979 des recueils de la collection Doubrovski offre également une piste pour poursuivre la recherche au XVIe siècle.
Maximilien, Charles VIII et la Bretagne : une source imprimée de 1493
Une recherche consacrée à Maximilien a conduit à l’étude publiée en 2021 par Marina Blum sur une procuration de l’empereur Frédéric III à son fils. Daté de Linz le 11 février 1493, ce texte donne à Maximilien le pouvoir de mobiliser contre Charles VIII et appelle les forces du Saint-Empire à le soutenir.
La source appartient au contexte du conflit entre Maximilien et le roi de France, dans lequel les affaires de Bourgogne et de Bretagne sont étroitement liées. Elle est connue par des impressions sur feuille conservées notamment au Tiroler Landesarchiv, sous la référence Inkunabel 11, et aux Archives d’État autrichiennes, sous la cote AT-OeStA/HHStA, SB Einblattdrucke 5. L’original à partir duquel le texte fut diffusé n’est pas actuellement localisé.
Cette procuration ne doit pas être confondue avec l’acte de renonciation de Maximilien parfois attribué au 28 décembre 1493, que nous cherchons encore à identifier par une cote ou une édition vérifiable. Elle constitue toutefois une source importante sur l’usage précoce de l’imprimé dans la mobilisation politique contre Charles VIII après son mariage avec Anne de Bretagne.
Des corpus désormais organisés et documentés
Cette semaine a également été consacrée à l’organisation des documents déjà réunis. Notre espace privé de travail Recogito Studio contient désormais quinze projets et 494 documents. Chaque fichier reçoit une première qualification : source primaire, copie, édition savante, étude secondaire, document de travail ou pièce dont l’identification demeure incertaine.
Parmi les ensembles classés figurent les cinq pièces de Simancas relatives aux accords conclus en 1483 entre François II et les Rois Catholiques, une copie manuscrite moderne de l’édit du Plessis-Macé de 1532, l’édition savante d’un mandement de Jean V daté du 8 septembre 1423, ainsi que l’expédition authentique de la Ligue de Gien du 15 avril 1410 conservée à la Bibliothèque nationale de France sous la cote NAF 23126.
Cette distinction matérielle est essentielle. La copie du Plessis-Macé conservée dans le dossier 1 J 858 des Archives départementales de Maine-et-Loire ne doit pas être décrite comme l’original royal de 1532. De même, l’article de Chantal Reydellet sur le mandement de Jean V donne accès à une édition du texte, mais pas encore aux images de l’original conservé en Ille-et-Vilaine sous la cote 1 J 654.
Les treize images des cinq pièces de Simancas ont été réunies avec leurs notices et leurs métadonnées. Elles concernent les négociations avec le duc de Bretagne, le respect des paix et alliances, le passage de chevaux vers la Bretagne et la désignation de Gutierre de Cárdenas comme juge conservateur des accords. Leur diffusion publique devra respecter les conditions de réutilisation de l’Archivo General de Simancas et de PARES.
Une notice publique enrichie pour l’acte d’Anne de Bretagne de 1490
La notice consacrée à la procuration donnée par Anne de Bretagne à Philippe de Montauban, le 15 février 1490, a été enrichie et publiée dans une deuxième version sur Zenodo. Le document est conservé aux Archives nationales sous la cote AE/II/525, ancienne cote T//189/6.
La nouvelle notice conserve le rapprochement prudent avec l’acte TNA E 30/596 des Archives nationales britanniques. Les deux références peuvent correspondre à des expéditions du même acte ou à des actes étroitement liés, mais seule une collation complète permettrait de le déterminer. Le dépôt public ne transforme donc pas cette hypothèse en certitude.
Notice Zenodo, version actuelle Lien permanent vers toutes les versions
Pelagios : cartographier les lieux sans effacer les incertitudes
Le 20 octobre, nous avons participé à une rencontre de la communauté Pelagios. Notre question portait sur les graphies historiques, les identifications géographiques incertaines et les contradictions entre sources. Comment relier un nom de lieu médiéval à une carte moderne tout en conservant la date, la source et le degré de certitude de l’identification ?
Les échanges autour de PLATO, de Wikidata et du futur Peripleo ont confirmé l’intérêt d’un modèle fondé sur les attestations documentées plutôt que sur une identification unique imposée à toutes les périodes. Une participante a proposé de présenter son travail dans Wikidata et d’examiner avec nous un petit cas d’étude BRETAGNE-DOC. Cette séance reste à organiser et ne constitue pas encore un partenariat institutionnel formalisé.
Notre premier jeu de données cartographique réunit vingt-quatre lieux et institutions. Il est publié dans un dépôt ouvert afin de permettre son contrôle et son amélioration.
Europeana, IIIF et l’accès responsable aux images
BRETAGNE-DOC a rejoint l’Europeana Network Association et poursuit ses échanges autour du protocole IIIF. Celui-ci permet de relier une image numérisée, ses métadonnées, sa provenance et des annotations sans multiplier inutilement les copies.
Un premier parcours technique a été achevé : Recogito Studio est retenu comme espace principal de travail ; liiive peut servir aux séances ponctuelles d’annotation collective ; IMMARKUS offre des possibilités pour représenter les liens entre personnes, lieux et documents. Ces outils ne remplacent ni l’examen des originaux ni la vérification des droits de reproduction. Ils aident à rendre le raisonnement documentaire visible.
Le projet public présenté sur EU-Citizen.Science a également été enrichi avec le jeu de données cartographique et son lien permanent. La diffusion reste limitée aux métadonnées et aux fichiers dont la réutilisation est autorisée.
Des coopérations culturelles en construction
Plusieurs démarches ont été menées auprès d’acteurs bretons et européens. Une reprise de contact a été engagée avec l’équipe du Pan Celtic International Festival de Carlow pour 2027 afin d’étudier la possibilité d’une intervention, d’une présentation documentaire ou d’un échange à distance. Aucun format ni déplacement n’est encore confirmé.
Des échanges exploratoires sont également en cours avec Europe for Scotland, autour des relations culturelles entre la Bretagne et l’Écosse, avec KAD en Bretagne, ainsi qu’avec des associations culturelles contactées individuellement. Une rencontre avec Christophe Tricart, de Trinka, est prévue le 27 octobre pour présenter BRETAGNE-DOC et examiner des pistes de médiation illustrée.
Une proposition intitulée « Bretaigne DAO – Linked Brittany Historical Archives » a par ailleurs été reçue par la communauté Time Machine pour examen. Son dépôt est confirmé, mais son acceptation comme projet ou partenaire institutionnel ne l’est pas encore. La même prudence s’applique à notre contribution soumise pour DH2027 : l’accusé de réception confirme le dépôt, pas la sélection.
Une méthode : montrer les preuves et les limites
Cette semaine illustre la méthode que nous voulons appliquer. Une réponse d’archives n’est pas encore une reproduction ; une cote n’est pas encore une transcription ; une ressemblance entre deux actes n’est pas encore leur identité ; une réunion n’est pas encore un partenariat.
Chaque étape produit néanmoins quelque chose d’utile : une référence corrigée, une image localisée, une piste écartée, un contact qualifié ou un document mieux décrit. En reliant ces résultats, BRETAGNE-DOC construit progressivement un corpus consacré à la Bretagne et à ses relations européennes entre la fin du Moyen Âge et le début de l’époque moderne.
Les prochaines étapes seront d’obtenir les notices détaillées des lettres signalées à Saint-Pétersbourg, de poursuivre la collation du registre de Berne, d’identifier l’acte de renonciation attribué à Maximilien en décembre 1493 et de préparer des cas d’étude partageables avec les communautés Pelagios et Europeana. Les résultats seront publiés au fur et à mesure de leur vérification et dans le respect des droits attachés aux reproductions.
BRETAGNE-DOC / Bretaigne DAO Dépôt Zenodo ORCID
Note éditoriale : les documents signalés en Russie ne sont pas encore reproduits ni étudiés par BRETAGNE-DOC. Les échanges annoncés avec Pelagios, Time Machine, Pan Celtic, Europe for Scotland, KAD et Trinka ont des degrés d’avancement différents ; seuls les adhésions, rendez-vous ou dépôts explicitement confirmés sont présentés comme tels.
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