
L'hémorragie continue. Koun Breizh tient à faire part de son indignation à M. le Maire de Plouzane suite à la débretonnisation de l'école de Coat-Edern. A quoi sert-il d'être au niveau 2 de la charte Ya d'ar breizhoneg pour en arriver là? Nous demandons la remise en l'état ou l'adjonction du nouveau nom à Coat-Edern.
Lettre ouverte à Yves Du Buit sur la débretonnisation de l'école de Coat-Edern
Objet : débretonnisation de l’école de Coat-Edern
Copie à Dominique Cap président de l’association des maires du Finistère
Monsieur le Maire,
Nous venons d’apprendre avec indignation votre décision de débretonniser l’école Coat-Edern en lui donnant le nom de l’artiste Rosa Bonheur et que vous comptez poursuivre dans cette voie en débretonnisant une autre école de votre commune : Kroas-Saliou .
Une fois de plus, c’est la volonté louable de féminiser les noms de lieux qui est à l’origine d’une débretonnisation. Il y a trois ans, le Président du conseil départemental Mael de Calan débaptisait le collège de Kerhallet pour lui donner le nom de l’artiste Joséphine Baker contre l’avis de la famille de cette dernière, pour qui la diversité culturelle a un sens.
Vous êtes-vous demandé ce que signifiait ce nom Coat-Edern et ce qu’il pouvait représenter pour les élèves ? Une signification et un point d’ancrage pour ces derniers qui ne pouvaient manquer de faire le rapprochement avec leur propre culture, langue et identité.
Vous êtes-vous demandé combien d’établissement scolaires portent le nom de Rosa Bonheur en France ? Il y en a partout ou presque !
Vous n’êtes donc pas au courant du fait que les Bretons tiennent à leur toponymie en langue bretonne, et qu’ils le manifestent bruyamment en organisant des colloques, en saisissant les juges, et même l’Unesco qui rappelait récemment que les noms en langue bretonne participaient du patrimoine immatériel de l’humanité ?
Comment pouvez-vous jeter notre langue bretonne aux chiens ?
Y eût-il une seule personne au sein du conseil municipal pour évoquer le souci ? Ou faut-il que la déculturation bretonne ait atteint un point de non-retour et que les édiles de nos campagnes ne ressentent plus la moindre appartenance à la Bretagne et prennent les mêmes décisions qu’à Limoges ou à Juvisy-sur-Orge ?
Et votre municipalité se situe au niveau 2 de la charte Ya d’ar brezhoneg ! Mais à quoi sert-elle, cette charte alors ? C’est au grand nivellement que vous contribuez par vos décisions.
Ce sont ceux qui savent d’où ils viennent et qui respectent leurs racines qui sont le mieux à même de s’ouvrir à ceux qui viennent d’ailleurs. L’éducation commence par savoir d’où l’on vient.
Le pire dans cette affaire, et nous touchons aux secrets de la pédagogie de l’éducation nationale, c’est qu’il fut demandé aux élèves de contribuer à leur propre déculturation en travaillant sur le nom de cette artiste méritante, comme au bon vieux temps du sabot que l’élève devait remettre à celui qui venait de lâcher un mot en langue bretonne.
« Rosa Bonheur pourra les aider à mieux observer et à mieux connaître leur environnement » disiez-vous ? Grâce à vous et à l’éducation nationale, nos enfants sauront mieux observer les poules et les vaches. Mais qu’en sera-t-il de leur histoire et de leur culture, M. Le Maire ?
Est-il vraiment plus utile de savoir observer une vache que de savoir d’où l’on vient ?
Mais avez-vous seulement évoqué avec les enfants ce que signifiait Coat-Edern et depuis combien de temps ce toponyme existe ?
Avec dépit nous constatons que l’hémorragie se poursuit alors qu’elle dure depuis si longtemps déjà et que notre langue, qui doit beaucoup à la toponymie, est en grand danger de disparition.
L’association Koun Breizh déplore cette duplicité permanente qui fait qu’en dépit de tous les beaux discours de salon, nos élus débretonnisent toujours et sans remise en question. Nous pensons au syndicat mixte Mégalis, dont le président est Loig Chesnais-Girard et qui contribue massivement à la débretonnisation depuis des années déjà, au nom de la fibre !
Les Bretonnes et les Bretons sont indignés par cette légèreté avec laquelle des édiles sacrifient leur langue et culture.
Pour finir, permettez-nous de vous dire que vous n’aiderez pas les enfants en les éduquant ainsi de manière hors sol. En contribuant à leur déracinement, vous les condamnez à subir la loi de toutes les forces.
Vous nous répondrez que le nom ne disparaît pas pour autant car une rue de la commune se nomme Coat-Edern. Peu nous importe puisque la moindre reculade n’est plus permise aujourd’hui, eu égard à la situation tragique dans laquelle se trouve la langue bretonne.
Nous vous demandons de réparer cette erreur. Vous pourriez rajouter le nom « Rosa Bonheur » à Coat-Edern ainsi le nom de l’école ne disparaîtrait pas.
En espérant que vous vous sentirez interpelé par ce courrier, veuillez croire, Monsieur le Maire en notre plus profond respect.
Pour Koun Breizh
Yvon Ollivier
06 68 56 67 69
Commentaires (8)
J'étais petite lorsque ma maman, Hélène Le Cam, m'a expliqué comment l'État français avait agi envers les Bretons : avec violence et mépris. Leur interdire de parler leur langue maternelle à leurs propres enfants, punir très sévèrement les petits élèves s'ils avaient le malheur de prononcer un mot en breton. Tout cela en nous traitant de ploucs et j'en passe.
C'est une honte de s'en prendre ainsi encore aujourd'hui au patrimoine du peuple breton !
Ma fille, je l'ai inscrite à l'école Diwan justement pour qu'elle ait accès à ses racines.
Alors je trouve cela scandaleux, cette régression qui consiste à effacer les traces de notre culture.
Nous nous en sommes fiers de cette culture et de notre région !
Breizh Atav
Cette fois-ci, totalement d'accord avec Yvon Ollivier : « krog mat ha start ! »
Ne nous y trompons pas, nos grands représentants, LCG et MDC, ne penchent pas pour une re-bretonnisation de la Bretagne à marche forcée, plutôt préoccupés pour être de bons élèves de la centralisation jacobine.
Dans combien de communes de Bretagne, de nouveaux « arrivants » (retraités en général provenant de France) s’exaspèrent des noms bretons de leurs adresses, imprononçables et intranscriptibles, protestant pour demeurer rue des Mimosas plutôt que Hent Karn Louarn.
Cette démarche, bénie par les agences, les promoteurs immobiliers et certains pouvoirs publics, ne fait qu’aggraver le phénomène.
Coettedern en 1477.
Dans le Roman de la table ronde, un des chevaliers conseillers du roi Arthur porte le nom d'Edern.
En gallois, edyrn signifie : grand, merveilleux.
Il n'y a pas que le mobilier urbain qui est choisi sur catalogue.
Coat-Edern était un nom unique.
J'adhère totalement au texte de la lettre ouverte de Koun Breizh signée Yvon Ollivier.
Le problème est que les Bretons soucieux de leur identité culturelle se concentrent majoritairement sur la musique, la danse, les costumes et les monuments.
Ils sont bien moins nombreux à se préoccuper concrètement de la langue, qu'il s'agisse de l'apprendre et de la parler. Au-delà des bonnes intentions de principe, les velléités sans effet pratique restent majoritaires. Dès lors, si l'emploi du breton dans la signalisation des rues et bâtiments a progressé ici et là, les régressions se poursuivent.
Donc, ne faiblissons pas dans notre action de sauvegarde.
Kendalc'homp da gomz brezhoneg ha da stourm hep ehan evitañ !
La suradministration française dans ses œuvres.
Quand on ne comprend rien à rien et que l'on décide en fonction du dernier qui a parlé ou de celui qui a le mieux manipulé, autant ne rien faire. Une pause dans la connerie, ça serait déjà ça de pris.
Je ne suis pas bretonnant, mais cette brutalité au nom de l'universalisme m'afflige au plus profond...