Patricia Dagier au Festival de Cornouaille 2026 à Quimper
Patricia Dagier au Festival de Cornouaille 2026 à Quimper © CC-BY-SA 4.0 ABP.BZH

Fuyant les massacres d'Oliver Cromwell, les confiscations de terres, les persécutions religieuses et, plus tard, la défaite des Jacobites, des milliers d'Irlandais trouvèrent refuge en Bretagne au XVIIᵉ siècle. Présentées lors du Festival de Cornouaille, les recherches de la généalogiste Patricia Dagier offrent une base documentaire exceptionnelle pour mieux...

Pendant plus de trente ans, Patricia Dagier a patiemment dépouillé des milliers d'actes d'état civil, de registres paroissiaux et d'archives bretonnes. Son objectif : retrouver la trace des familles irlandaises venues s'établir en Bretagne aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Présentées lors d'une conférence du Festival de Cornouaille à Quimper, ses recherches constituent aujourd'hui une base documentaire exceptionnelle qui permettra sans doute à d'autres historiens d'approfondir l'histoire de cette immigration largement oubliée.

Fuir le génocide irlandais

Plus de 3000 mentions d'Irlandais relevées dans les archives.Des notices familiales : Des détails précis sur les familles et l'évolution de leurs patronymes.La liste des paroisses : Un inventaire complet des communes bretonnes ayant accueilli des réfugiés au XVIIe siècle
Plus de 3000 mentions d'Irlandais relevées dans les archives.Des notices familiales : Des détails précis sur les familles et l'évolution de leurs patronymes.La liste des paroisses : Un inventaire complet des communes bretonnes ayant accueilli des réfugiés au XVIIe siècle

Des milliers d'Irlandais sont venus se réfugier en Bretagne au XVIIᵉ siècle. Dans les registres paroissiaux, ils apparaissent sous les noms d'« Hibernois » ou d'« Irois ». Beaucoup fuient les confiscations de terres et les massacres perpétrés sous Cromwell à partir de 1649, d'autres les persécutions religieuses, puis, à partir de 1691, la défaite des Jacobites fidèles au roi catholique Jacques II. Nombre d'entre eux débarquent à Brest ou dans d'autres ports bretons. Souvent mal accueillis à leur arrivée parce que démunis de tout, ils finiront néanmoins par s'intégrer à la société bretonne en deux ou trois générations. Selon Patricia Dagier, les prêtres bretons partageaient avec les prêtres irlandais l'usage du latin, et jouèrent un rôle important dans cette intégration.

« C'est un phénomène de migration très important qui, effectivement, n'est pas connu, qui n'avait pas été travaillé par les universitaires dans leur ensemble. Voilà, je me fais un plaisir de l'expliquer. » - Patricia Dagier

Pourquoi les Irlandais choisirent-ils la Bretagne ?

La Bretagne n'était pas le seul refuge possible, mais elle était l'un des plus naturels. À la fin du XVIIᵉ siècle, la France, majoritairement catholique et gouvernée par un roi catholique, offre un refuge aux Irlandais persécutés pour leur foi. À l'inverse, les colonies anglaises d'Amérique restent sous le contrôle d'un pouvoir protestant où nombre d'Irlandais sont envoyés comme prisonniers ou comme "indentured servants" (travailleurs sous contrat imposé). Pour de nombreux réfugiés, la Bretagne apparaît ainsi comme une terre d'accueil plus accessible, tant sur le plan géographique que religieux. Paradoxalement, après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, ce sont cette fois des dizaines de milliers de protestants français, parmi lesquels de nombreux Nantais, qui prennent le chemin de l'exil vers en particulier les Provinces-Unies et même l'Angleterre,

Les O'Brien et les O'Rourke

Les recteurs tenaient les registres paroissiaux et adaptaient les patronymes irlandais à la prononciation locale ou à l'orthographe française. Au fil des générations, de nombreux noms gaéliques furent ainsi francisés ou bretonnisés. Patricia Dagier cite de nombreux exemples : White devient parfois Le Blanc, O'Merry a donné Homerie ou Hommerie, Mac Cába devient Cabon, Ó Díomasaigh devient Demezit, O'Brien devient Briant, O'Rourke devient Le Roux, ou encore Grant devient Le Grand, tandis que Morris est transcrit Maurice.

Qui étaient ces Irlandais ?

Contrairement à une idée reçue, ils ne formaient pas une population uniforme. Les registres étudiés par Patricia Dagier révèlent une société très diverse : soldats ayant quitté l'armée jacobite, gentilshommes ruinés, prêtres catholiques, artisans, marins, commerçants, femmes seules, veuves, enfants et familles entières. Les plus pauvres sont parfois qualifiés dans les archives de « pauvres Irlandais » ou de « pauvres passants », tandis que d'autres se présentent comme « gentilshommes ». Cette diversité sociale explique sans doute que certains aient été rapidement accueillis dans les élites locales, tandis que d'autres, arrivés sans ressources, furent considérés comme des « gueux » avant de s'intégrer progressivement à la société bretonne.

En retraçant des milliers de parcours individuels, Patricia Dagier apporte une contribution majeure à l'histoire de la Bretagne. Son travail offre désormais aux historiens une base documentaire exceptionnelle pour écrire une synthèse de cette immigration irlandaise longtemps restée dans l'ombre.

Pour aller plus loin

L'ouvrage de Patricia Dagier, "Les réfugiés irlandais en Bretagne au 17e siècle en Bretagne," est disponible gratuitement au téléchargement sur le site de l'auteure

Note : Cet article a été préparé avec l'assistance d'outils d'intelligence artificielle. Les informations, la vérification des faits et la version finale demeurent sous la responsabilité du journaliste ou du responsable de la communication de l'organisation.

Philippe Argouarch

Ancien webmaster de la Wells Fargo Bank aux États-Unis puis de l’International Herald Tribune à Paris, je suis revenu en Bretagne en 2005 pour gérer et développer ABP.bzh, le média que j’avais créé en octobre 2003. Auteur de plus de 2700 articles signés et contributeur à de nombreux autres, que ce soit au sein de la rédaction ou avec l’IA.