La lecture d'un post de Pascal Henry, militant dévoué de la langue bretonne, est l'occasion de réfléchir à la pensée de la table rase chère à LFI. Comment concilier avenir de nos langues et table rase ? C'est impossible!

La lecture d’un post de Pascal Henry daté du 13 avril m’amène à réfléchir à la pensée Lfiste. Certains militants bretons sont tentés par la table rase mélenchoniste au motif qu’il est préférable de « se préoccuper du bien-être de la population plutôt que « des mythes poussiéreux » sous-entendu de notre patrimoine ou de notre histoire bretonne.

Il est fait reproche aux militants qui s’efforcent de défendre notre patrimoine, notre culture et de répandre comme on peut la connaissance de notre histoire, de se complaire dans « une vision romantique traditionnelle et parfois passéiste d’un territoire ».

J’ai du mal à comprendre que l’on puisse penser que celui qui cherche à diffuser notre culture et notre histoire - bref les fondamentaux de ce qui fait de nous un peuple- est forcément hostile à la recherche du bien-être de ses concitoyens.

Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse penser que celui qui cherche à défendre sa culture et son histoire, est forcément un sale type de droite, bourgeois dans l’âme. Pour ma part, je suis issu de la paysannerie léonarde, plutôt chrétien-social, très attaché à sa Bretagne comme à la justice sociale.

Le travail que font encore quelques associations est une mission importante qui n’entrave en rien la recherche du bien-être social et environnemental de nos concitoyens. Mais bien plus encore, ce travail contribue au bien-être et protège des errements les plus graves.

Que ceux qui sont tentés par la table rase Lfiste se félicitent car il se trouve que notre culture faite de « mythes poussiéreux » est bannie de l’école de la république. Il se pourrait donc qu’elle fasse encore un peu peur et que ceux la défendent sont en situation de résistance, quelque part. ça aussi c’est humain.

Il semblerait que la pensée mélenchoniste gagne du terrain puisque, à l’instar des députés LFI, même le président de la région Bretagne Loig Chesnais-Girard se montre hostile à la renaissance de l’Alsace.

J’y vois surtout la menace que fait peser sur nous cette « France nouvelle » que nous promet LFI consistant à jeter à la poubelle de l’histoire l’Alsace, la Bretagne et toutes nos vieilles patries et pour faire quoi ? Créer un ensemble de gens que plus rien ne reliera sinon les discours enflammés du chef, la propension à faire marcher au pas et à suivre le clairon qui sonne, au nom d’un bonheur universel promis à tous, mais que personne ne connaîtra jamais. Par contre, malheur à qui ne suivra pas le chef et ne sera pas heureux. Car le chef à toujours raison puisque la république, c’est lui !

Si ce bonheur promis est un mythe politique qui a déjà commis des ravages, La Bretagne n’est pas un mythe. C’est une vieille terre gorgée d’histoires et de valeurs et qui a su accueillir des gens de partout sans pour autant se trahir. Ce n’est pas une puissance militaire, mais juste une puissance de bien-être. Et si vous détruisez cela comme l’entend LFI, c’est la porte ouverte à toutes les dérives et à la polarisation des extrêmes qui nous promet demain la guerre civile. La Bretagne est un socle de résistance à toutes les formes de domination.

La table rase mélenchoniste, dans la pure tradition robespierriste, est foncièrement déshumanisante. Dans ma famille, nous avons encore la mémoire des coupeurs de tête ! L’humanité n’est qu’une chaîne alourdie des souffrances, des joies et des espérances des millions de ceux qui nous ont précédés sur cette terre et dont nous ne sommes qu’un maillon chargé de soutenir ceux qui viendront après. Briser cette chaîne est une atteinte à l’humanité et l’homme n’en profite jamais.

Pour ma part, j’ai toujours été ravi de voir une personne venir d’ailleurs et s’intégrer, faisant sienne notre culture et notre histoire. C’est la Bretagne que j’aime, celle qui vit, se partage, mais encore celle qui se défend.

Celui qui ne sait plus qui il est n’intégrera jamais personne. Il semblerait que cette forme de nihilisme se répande beaucoup ces temps-ci.

La Bretagne « des mythes poussiéreux », j’essaie de la défendre depuis des années, avec des bouts de ficelles, comme beaucoup d’entre nous et sans la moindre subvention publique. C’est notre espérance dans ce monde qui s’écroule et c’est le socle sur la base duquel on peut construire et penser une solidarité communautaire.

Si demain, le peuple breton n’existait plus, je ne vois vraiment pas ce qui nous relierait et au nom de quoi on pourrait prétendre sauver nos langues.

Enfin, je crois pouvoir dire que les Basques, les Catalans, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’ont jamais oublié qu’ils étaient basques et catalans. C’est le secret de leur force de résistance. Au nous de quoi devrions-nous oublier que nous sommes Bretons ? Pour devenir quoi ? Parisiens ? Ouestiens ? Lfiste ?

Yvon OLLIVIER

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