
Cornwall wants to become the next celtic tiger
Réalisation : ABP
Sortir des hydrocarbures exige d'électrifier l'économie. Électrifier exige du lithium et d'autres minerais stratégiques. Si l'Europe refuse de les extraire, elle restera dépendante soit des hydrocarbures, soit de pays comme la Chine. C'est le raisonnement défendu par Perran Moon, député travailliste de Camborne et Redruth, qui accompagne la renaissance minière de la...
Le retour des mines en Cornouailles
La Cornouailles fut l'un des grands territoires miniers d'Europe. Le député travailliste de Camborne and Redruth en Cornwall, Perran Moon rappelle qu'au XIXe siècle, elle connut une prospérité exceptionnelle grâce à l'exploitation du cuivre et de l'étain. L'exploitation de l'étain cornouaillais remonte à la préhistoire. Perran Moon affirme dans l'entretien que les Phéniciens venaient en Cornouailles chercher l'étain et le cuivre. Avec le déclin des mines, les mineurs cornouaillais partirent ensuite par milliers exporter leur savoir-faire aux États-Unis, en Australie, en Afrique du Sud ou en Amérique latine.
Aujourd'hui, la Cornouailles mise notamment sur son lithium, indispensable aux batteries, mais aussi sur l'étain et le tungstène. Pour Moon, exploiter ces ressources est une condition de la sortie des hydrocarbures et de l'indépendance stratégique de l'Europe. Il reproche cette contradiction aux environnementalistes.
« Que faisons-nous ? Soit nous dépendons de la Chine, soit nous dépendons du pétrole et du gaz, soit nous ouvrons des mines pour extraire les minerais dont nous avons besoin afin de cesser d'utiliser le pétrole, le diesel et le gaz. »
En Bretagne, le choix inverse
Ce débat trouve aujourd'hui un écho très concret en Bretagne. Selon Perran Moon, la relance minière ne rencontre pas d'opposition majeure en Cornouailles, notamment parce qu'il s'agit principalement de rouvrir d'anciennes mines. Mais en Bretagne, plusieurs mobilisations ont eu lieu contre les projets de recherches minières Taranis, Bélénos et Epona, portés par Breizh Ressources, filiale du groupe canadien Aurania Resources. Si des permis exclusifs de recherches ont été accordés par l'État en décembre 2025, en février 2026, le Conseil régional de Bretagne a demandé leur « retrait immédiat », en invoquant notamment les conséquences environnementales, sanitaires et sociales de l'activité minière. Dans son vœu, la Région affirme que « l'extraction minière "propre" n'existe pas ».
La position bretonne se situe donc à l'opposé de celle défendue par Perran Moon et soutenue pa une majorité en Cornouailles.
Sortir du tout-tourisme
La divergence est d'autant plus frappante que les deux territoires connaissent des problèmes économiques comparables sans même parler de la même crise du logement pour les locaux.
La Cornouailles est devenue une destination touristique majeure. Pendant quatre mois de l'année, explique Moon, sa population double. Les résidences secondaires contribuent à la hausse des prix immobiliers et de nombreux jeunes Cornouaillais ne peuvent plus se loger dans leur propre pays.
Moon dénonce une économie trop dépendante d'emplois touristiques saisonniers, faiblement rémunérés et peu qualifiés. Il veut retrouver une économie plus équilibrée, reposant en particulier sur le sous-sol, les énergies renouvelables, l'industrie et les métiers qualifiés
Sur la question minière, les deux péninsules celtiques semblent donc emprunter des chemins divergents. Pourtant, ne l'oublions pas : le sous-sol breton est lui aussi d'une richesse extraordinaire.
Commentaires (8)
Toute la question est de savoir quelle économie nous voulons ? Continuer à consommer beaucoup d'énergie ou en consommer moins ? Extraire massivement des terres rares comme le lithium ou se tourner vers l'avenir : les batteries au sodium déjà lancées sur le marché ? La Cornouailles comme la Bretagne semblent parfaitement bien placées pour exploiter les énergies renouvelables. Effectivement, il n'existe pas d'extraction minière propre.
Le lithium est sans doute important pour les batteries, mais son stock est limité et doit absolument être recyclé. Cependant, que se passera-t-il ensuite ? L'extraction minière 'propre' pourrait exister, même si elle est plus coûteuse, à condition qu'elle soit imposée par les autorités publiques dans le cahier des charges et les conditions particulières. La Bretagne doit le démontrer. En ce qui concerne l'éolien, la Cornouaille et la Bretagne disposent d'un énorme potentiel. De plus, les résidences secondaires, souvent très mal isolées, sont généralement équipées de radiateurs électriques vieillots peu performants. Un gros effort doit être entrepris dans ce domaine.
Le sous-sol breton est d'une richesse extraordinaire, ce serait dommage de ne pas laisser une entreprise canadienne se servir dans nos ressources stratégiques.
Le choix pour la Bretagne est le suivant : devenir la résidence secondaire des Européens plus fortunés et un immense EHPAD français, avec tous les services de soutien qui vont avec, tels que cuisiniers, crêpiers, plongeurs, maçons, réparateurs et joueurs de binioù, ou bien créer une nouvelle industrie minière de minéraux critiques pour renforcer ou sauver son industrie des composites.
Que font les Bretons, en plus de faire des crêpes, de produire des bons produits locaux et de jouer du biniou ?
Comme ce député, je pense qu'une économie trop axée sur le tourisme est une économie fragile. Mais, selon mes informations, le sodium devrait pouvoir bientôt remplacer le lithium dans les batteries. Par ailleurs, certains affirment que la transition pétrole / électrique échouera par manque de cuivre.
La solution n'est pas évidente mais le débat est intéressant.
Les composites, comme les PFAS, posent un problème que nous aimerions résoudre rapidement. Leur dépollution pourrait nous coûter cher. L'avenir semble se tourner vers les énergies renouvelables, notamment l'hydrogène. Par exemple, dans le marais breton-vendéen, se trouve l'usine Lhyfe, qui est maintenant implantée dans les pays nordiques. Les anciennes méthodes appartiennent déjà au passé.
Jack Leguen, bien dit, refuser de racheter à prix d'or nos propres ressources à une entreprise minière canadienne, ce serait se tirer une balle dans le pied.