Au coeur du livre, une étrangère, Ariane Garcini, arrivée un an plus tôt, en avril 1966, pour rejoindre la maison Pellen, chargée de la mémoire d'un homme aimé, Yves-Marie Pellen, dit Yffic. Elle vient chercher un refuge au bout du monde, mais se retrouve aussitôt prise dans un filet de curiosité, de jalousies et de jugements.

Un Roman qui commence par une citation en breton de Angela Duval ne peut pas être mauvais ! Dans son 3e roman "La fille des Embruns", Marie-Haude Meriguet signe le tableau d'un petit village breton posé sur une côte finistérienne battue par le vent, où l'on vit autant au rythme des marées que des rumeurs.

Une merveille de roman qui décortique la vie et la psychologie d'une petite ville bretonne. Plein de poésie, de finesse et de délicatesse, j'ai adoré. - Clara Pailhon, de la librairie de l'Horloge

L'intrigue s'ouvre à Rosguirion, dans le Finistère nord, le 7 juin 1967, au moment où la petite communauté bascule : Victor Morel-Labat est retrouvé mort, et tout le village cherche un coupable.

Au coeur du livre, une étrangère, Ariane Garcini, arrivée un an plus tôt, en avril 1966, pour rejoindre la maison Pellen, chargée de la mémoire d'un homme aimé, Yves-Marie Pellen, dit Yffic. Elle vient chercher un refuge au bout du monde, mais se retrouve aussitôt prise dans un filet de curiosité, de jalousies et de jugements.

Une héroïne scrutée, un village qui s'emballe

Le roman réussit très bien la mécanique sociale du « tout se sait » : un geste, une silhouette sur la grève, et un surnom naît, comme une étiquette collée au personnage. La scène où Ariane est aperçue « les pieds dans l'eau », tournée vers la mer, suffit à lancer la machine à fantasmes : elle devient « la Fille des embruns », et, dès lors, chacun projette sur elle ses peurs et ses désirs.

Meriguet excelle dans ces moments où l'on voit une communauté fabriquer une vérité parallèle. Les conversations de bar, les notables, le diacre, le curé, le maire : tout un petit monde se met à interpréter, à suspecter, à expliquer. Dans cette dramaturgie collective, le meurtre de Victor Morel-Labat sert de fil conducteur, et surtout de révélateur : il expose les rapports de force, les hypocrisies, et la violence sourde d'une société encore corsetée par les apparences où surgissent des êtres épris de libertés.

Une femme, la Bretagne, un secret

Le livre s'ancre dans les années 1966-1967, « juste avant Mai 1968 », avec un souci de contexte revendiqué par l'autrice, qui mentionne un travail de recherches et même une bibliographie en fin d'ouvrage. Cette documentation ne plombe pas le récit : elle nourrit plutôt les détails du quotidien (métiers, hiérarchies locales, place des femmes), et donne à Rosguirion, un village fictif pourtant, une texture crédible, presque tactile.

Ce que le roman dit, au-delà de l'intrigue

Sous le vernis « mystère » (qui a tué Victor ?), La fille des Embruns parle surtout de regard social et de condition féminine : comment une femme seule devient une cible commode, comment la solidarité se construit (ou se brise), comment les secrets circulent « aussi vite que le vent du large ». Plusieurs avis de lectrices/lecteurs en fin de volume soulignent d'ailleurs cette dimension de fresque intime et sociale, avec une tonalité parfois sombre.

L'autrice avertit explicitement que le roman aborde des sujets difficiles (dont des violences sexuelles et conjugales) et propose, en « note de l'autrice », des rappels et ressources utiles. C'est un choix rare et responsable.

Écrire – et, a fortiori, publier ce que l’on écrit –, c’est s’octroyer la liberté de raconter. C’est un grand privilège. C’est aussi une responsabilité. Créer La Fille des embruns m’a plus que jamais renvoyée à cette responsabilité. [...] Plusieurs sujets difficiles apparaissent dans cette histoire.

Ils ne constituent pas le coeur du récit (excepté le meurtre de Victor Morel-Labat, notre fil conducteur !), mais ils apparaissent dans les vies de mes personnages, comme ils existent, hélas, dans notre monde.

L'autrice

Marie-Haude Meriguet née en 1983 vit à Brest. Après deux romans dont "Vivantes" (ensuite paru en poche chez J'ai Lu), elle a rejoint les éditions Charleston avec "Les pas de côté" (2024). Présenté comme son troisième roman. La fille des Embruns paraîtra est paru ce 12 mars 2026 chez Charleston.