L'affiche créée par l'association organisatrice de la soirée
L'affiche créée par l'association organisatrice de la soirée

On pouvait s'attendre à une présentation aux Champs Libres tant faire sortir de l'oubli le grand écrivain breton est important. Mais c'est à la Mir (Maison internationale de Rennes) sur les quais que sera présenté le film documentaire "Anatole Le Braz, des Bretagnes au monde" pour sa 12e projection publique, le parcours des séances suivant en bonne partie le parcours de vie du grand écrivain né en 1859, mort en 1926. Un siècle après, il demeure pourtant d'une actualité brûlante. Parcours.

Après sa naissance en centre Bretagne, son enfance dans le Trégor, ses études secondaires au lycée de Saint-Brieuc et supérieures à Paris, Anatole débute sa carrière enseignante à Etampes, aux limites de la Beauce. Il vit très mal le déracinement et accueille avec bonheur le retour en Bretagne que lui permet sa nomination, en 1886, au lycée de Quimper qui vient d'ouvrir. C'est son lieu de bonheur presqu'absolu, familial, professionnel et littéraire, et aussi un lieu où il rencontre le collecteur Luzel et lui apporte beaucoup de ses propres collectes en milieu rural et maritime. Avec la publication en 1893 de la légende de la mort, il est déjà célèbre. Il échoue à obtenir l'ouverture d'un cours de breton qu'il se propose d'assurer dans son lycée. En 1901, il postule pour la Faculté des lettres de Rennes et y obtient un poste d'assistant. Avant même de prendre ses nouvelles fonctions, il connait le drame absolu avec la mort par naufrage de 7 membres de sa famille, dont son père et 4 soeurs. C'est dans ce contexte qu'il s'installe à Rennes, tout en revenant à chaque vacances dans le Trégor.

Le fils unique de Le Braz, tué au front à 19 ans pendant une tournée de son père  aux Etats-Unis, quelques mois avant de l'entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés des Alliés
Le fils unique de Le Braz, tué au front à 19 ans pendant une tournée de son père aux Etats-Unis, quelques mois avant de l'entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés des Alliés

Au lycée, comme à l'université, il aime enseigner et les étudiants se pressent à ses cours. Ses succès littéraires continuent et Le Braz est déjà un conférencier réputé, souvent appelé à faire des discours officiels. Il commence des tournées de conférence en Suisse, Belgique et au Royaume uni, puis l'Alliance française le sollicité pour des tournées américaines. Il fera 13 voyages, mais dès le premier, il doit revenir précipitamment, son épouse Augustine est décédée. Il va quand même recommencer ses énormes tournées qui touche l'intelligentsia américaine pour y "instiller" une sympathie pour la Bretagne et la France.

Certes il inaugure en 1911 la statue de l'union de la Bretagne à la France (explosée en 1932) mais une partie de son discours est en langue bretonne, d'où les quolibets des Jacobins. Partisan de Dreyfus, Le Braz est breton et républicain et ne sépare pas les deux. La même année (1911), il co-fonde le Diplôme d'études celtiques, rétabli en 2012, ce qui permet à un groupe d'étudiants de recevoir une formation diversifiée et de haut niveau sur la Bretagne. C'est un beau symbole que de voir l'association des anciens étudiants du Diplome d'études celtiques honorer la mémoire du fondateur du DEC en organisant cette soirée de projection-débat.

Puis c'est la Grande guerre, de nouvelles tournées et la mort de son fils de 19 ans, Robert, 19 ans tué à la guerre en 1916. Malgré les chocs humains, Aristide reprend ses conférences, ses voyages et prend sa retraite universitaire en 1924. Leucémique épuisé, il n'a pas le temps de quitter Menton pour la Bretagne et y meurt en 1926. Rennes est l'une des premières villes à l'honorer d'un nom de rue, toutes les villes bretonnes le feront, Paris également.

Le film et ses 9 intervenants sont là pour montrer les dimensions bretonne, française et internationale d'un personnage exceptionnel, toujours resté près du peuple, y compris par l'usage de la langue bretonne, d'où aussi sa popularité. A ne pas manquer!

Mercredi 14 octobre, Rennes, salle de la Mir, 18 heures (organisation Kendeskiñ). Film réalisé par TV-Tregor et LTW avec le concours de BCD.

Jean-Jacques Monnier

Jean-Jacques Monnier est historien et écrivain.