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Le pétrole breton inexploité
[ABP] L’étalage d’hésitations, de réticences et d’états d’âme auquel on assiste depuis des mois en Bretagne à propos de l’implantation d’aérogénérateurs paraît globalement bien injustifié et même presque indécent au moment où le prix du baril de pétrole s’envole à nouveau et alors que tout le monde sait qu’il ne cessera désormais de grimper durablement. Il semble que la Bretagne qui dispose d’un formidable potentiel éolien,
Bernard Le Nail pour ABP le 17/08/05 23:23

[ABP] L’étalage d’hésitations, de réticences et d’états d’âme auquel on assiste depuis des mois en Bretagne à propos de l’implantation d’aérogénérateurs paraît globalement bien injustifié et même presque indécent au moment où le prix du baril de pétrole s’envole à nouveau et alors que tout le monde sait qu’il ne cessera désormais de grimper durablement.

Il semble que la Bretagne qui dispose d’un formidable potentiel éolien, devrait se lancer avec beaucoup plus d’audace dans le développement de cette source d’énergie qui est du reste celle qui croît le plus vite dans le monde depuis dix ans. Abondante, inépuisable, parfaitement propre, largement répartie sur la planète, facile à mettre en œuvre rapidement, elle n’est évidemment pas la solution unique à la crise de l’énergie, notamment parce qu’elle n’est pas disponible en permanence, mais, dans le domaine de l’énergie comme dans bien d’autres, il n’existe pas de solution unique et il faut se méfier comme de la peste de l’esprit de système ainsi que des conceptions hypercentralistes, dont on a pu voir à maintes reprises les fruits désastreux. Le formidable défi devant lequel se trouve l’humanité aujourd’hui ne pourra se résoudre que par la combinaison de nombreuses solutions, tenant compte des ressources et des spécificités locales : lutte acharnée contre les gaspillages, recours à des procédés plus économes partout où cela est possible dans l’agriculture, l’industrie, les transports et les services, recours au solaire, à l’éolien, à la géothermie, à l’exploiation de la biomasse, etc.

Ce qui est certain, c’est que l’on pourrait, avec les techniques et avec les capacités industrielles actuelles, arriver à produire d’ici à 2020 au moins 12% de l’électricité dans le monde à partir du vent et on sait que l’on réduirait ainsi la production d’oxydes de carbone de 11 milliards de tonnes. Par ailleurs, l’Europe qui dépend aujourd’hui des importations pour 50% de son énergie, sera encore plus dépendante en 2030 puisque l’on prévoit que plus de 70% de son énergie devra alors être importée. Il serait criminel de ne pas agir ou de ne le faire qu’avec frilosité. C’est l’avenir des prochaines générations qui est en jeu. La France n’est pas dans ce domaine le meilleur élève de la classe, loin de là.

L’importance de son parc électronucléaire et l’espoir secret d’une partie des dirigeants français de pouvoir en reprendre le développement dans les prochaines années, conduit, plus ou moins consciemment, à freiner les initiatives dans les autres domaines et à n’en encourager le développement qu’à contre-cœur. La production d'électricité d'origine éolienne reste marginale et, comme à plaisir, on multiplie les obstacles envers tous les projets qui se présentent. Manifestement, le coeur n'y est pas.

Revenant tout juste d’un voyage de 4 500 km aux Pays-Bas, en Allemagne du Nord et au Danemark (où j’allais pour la quatrième fois en vingt ans) et j’y ai vu des milliers d’aérogénérateurs en service, y compris par très grand vent (ce qui m’a permis de constater une fois de plus que les nuisances sonores souvent évoquées contre le développement des éoliennes relevaient du fantasme ou bien correspondaient à des machines manifestement mal conçues). Ces aérogénérateurs, souvent présents par groupes de trois, quatre, voire dix machines, m’ont presque tous parus très élégants et se mariant avec bonheur aux paysages les plus divers.

Ils ne m’ont jamais paru envahissants et omniprésents. Bien plus élégants que les pylones des lignes à haute tension, ils ressemblent à des œuvres d’art mobiles qui apportent une animation sympathique dans les paysages. N’occupant au sol qu’un espace très réduit, les aérogénérateurs ont aussi l’énorme avantage de ne pas infliger aux paysages des atteintes irréversibles : le jour où une nouvelle source d’énergie bien plus intéressante aura été trouvée, il sera très simple de les démonter et de rendre aux sites leur aspect antérieur. On ne peut en dire autant des sites de grands barrages et encore moins de centrales nucléaires. Et nous ne laisserons pas aux générations futures des montagnes de déchets inutiles et dangereux à gérer durant des siècles et des siècles...

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Il y a 25 ans, alors que le Danemark était encore loin d’avoir pris l’avance industrielle qui est aujourd’hui la sienne et la Bretagne disposait d’atouts très comparables, le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB) avait, sous l’impulsion très dynamique de son président d’alors, un chef d’entreprise de Lorient, Jean-Luc Le Douarin, par ailleurs vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Morbihan, entrepris de rassembler toutes les compétences et toutes les capacités existant en Bretagne pour développer une industrie de production d’aérogénérateurs. La Bretagne comptait alors l’unique fabricant français (ENAG à Quimper, qui fournissait les éoliennes alimentant de nombreuses balises maritimes). Un chantier naval de Saint-Philibert travaillait en partenariat avec les frères Gougeon qui réalisaient aux États-Unis les pales des aérogénérateurs géants développés par la NASA. Plusieurs experts, dont le professeur Désiré Le Gourriérès, apportaient leur concours scientifique. La Bretagne disposait de très bonnes cartes pour créer rapidement plusieurs centaines d’emplois dans cette activité. C’était sans compter sans la force d’inertie et l’opposition sourde mais efficace de nombreux responsables administratifs et politiques, acquis à la politique du tout nucléaire. Des aides promises à des industriels pour développer des matériels ne furent jamais débloquées, le rapport remis par le CELIB au Conseil régional, sans doute jugé dangereux, fut très largement censuré et vidé de sa substance, sa diffusion limitée à une poignée d’élus. Plusieurs années d’efforts débouchèrent bientôt sur le néant, avec des conséquences financières graves pour certaines entreprises.

Dans le même temps, le gouvernement danois avait mis les bouchées doubles. Résultat : la production d’aérogénérateurs emploie aujourd’hui 20 000 personnes au Danemark, dont 14 500 chez des sous-traitants et plus de 5 000 chez des fabricants - Bonus Energy A/S, NEG Micon A/A, Nordex A/S et Vestas Wind Systems A/S - qui n’existaient pas, il y a 20 ans. Stimulée par la demande intérieure, cette industrie s’est rapidement tournée vers l’extérieur et elle réalise aujourd’hui 95% de son chiffre d’affaires - plus de 3 milliards d’euros - à l’export. Plus de 100 000 Danois possèdent des actions ou des parts dans cette industrie. Rappelons que le Danemark n’a qu’une superficie de 43 000 km2 - la taille de la Bretagne, plus la Mayenne - et une population de 5 millions d’habitants (contre 4,2 M pour les cinq départements bretons).

L’énergie éolienne dont certains responsables publics en France parlent encore avec ironie, voire dérision, couvre déjà les besoins en électricité de plus de quarante millions d’Européens. Elle assure 2,4% der la production d’électricité des Pays-Bas où 1 688 machines représentent une capacité installée de 1 182 mégawatts et produisent 2, 664 milliards de kwh. En Allemagne, 16 826 machines sont déjà en service - soit une capacité de 17 132 mégawatts - et assurent 6,2% de la production d’électricité du pays. Quant au Danemark, devenu le leader mondial dans ce domaine, il produit déjà 21% de son électricité à partir du vent et s’est donné comme objectif d’atteindre 29% d’ici quelques années. Appelons que le potentiel éolien de la Bretagne n’est pas très éloigné de celui du Danemark. Ce développement spectaculaire n’est pas limité aux pays du nord de l’Europe : l’Autriche produit déjà 2,4% de son électricité à partir du vent et l’Espagne qui a développé à son tour un programme remarquable, arrive à près de 7%. On n’est vraiment plus dans le domaine du rêve ni de l’utopie, mais vraiment dans celui de l’économie. Le prix de revient du kilowatt-heure n’a cessé de dégringoler avec l’amélioration des matériels et leur production en grande série. On est passé de l’équivalent de 38 centimes d’euros au début des années 1980 à 4 centimes aujourd’hui sur les meilleurs sites et les spécialistes pensent pouvoir arriver dans les tout prochaines années à 3 centimes et à 2 centimes vers 2020. Il est temps que la Bretagne exploite l’énorme gisement inépuisable dont elle a la chance de disposer et se lance avec enthousiasme dans le développement de cette énergie. Elle comptait quelque 5 000 moulins à vent aux débuts du XIXe siècle. Pourquoi ne compterait-elle pas demain 5 000 éoliennes harmonieusement répartis dans les secteurs les plus favorables de la Bretagne ? Tous ceux que cette perspective inquiètent devraient aller faire un tour aux Pays-Bas, en Allemagne et au Danemark. Ils ne peuvent qu’en revenir conquis.

Bernard Le Nail

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Bernard Le Nail est un écrivain fondateur de la maison d'édition LES PORTES DU LARGE. Contributeur ABP
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