
La planète celte : archéologie celtique, les dernières découvertes en Europe.
Les premiers (?) Européens
Par François Labbé
Le 16 janvier 2019, l’ABP avait publié une courte note que j’avais rédigée sur les Celtes en Bade-Wurtemberg où, Breton de la diaspora, j’habite.
Le mouvement celtophile badois se poursuit, amis de Bretagne, et les découvertes de sites archéologiques intéressants se multiplient. Ainsi, en 2024 une chambre funéraire souterraine en bois vieille de 2600 ans a été découverte près de Riedlingen (certains rares journaux français en ont parlé). Les boiseries sont étonnamment bien préservées et se trouvaient au centre d’un tertre funéraire d’un diamètre de 65 mètres. Cette chambre était malheureusement quasiment vide : des pilleurs, au cours des temps, ont fait main basse sur tout ce qui s’y trouvait. Les boiseries sont encore en cours de traitement et cette chambre sera remontée au centre muséal celtique de Heuneburg. En raison des conditions hydrologiques particulières du site, la chambre funéraire s’est bien préservée : l’absence d’oxygène dans le sol a eu raison des micro-organismes qui se seraient immanquablement attaqués au bois. Un artefact en forme de massue a été trouvé, sans doute abandonné par les bâtisseurs. Selon les estimations des responsables de l’exploitation scientifique de la découverte, cet objet de bois proviendrait d’un chêne abattu vers 585 av. J.-C.
À Endingen également, sur le célèbre Kaiserstuhl,, une nouvelle découverte a été faite en la même année lors d’une fouille avant travaux. Un jardin funéraire celtique unique. Composé d’une quinzaine de tombes (450-250 av. J.-C.), il offre un aperçu de la culture funéraire de la population celte locale à cette époque : les objets cultuels découverts sont actuellement en cours de restauration (bracelets de jambes etc.).
Tout récemment, c’est dans le paysage vallonné au sud du même Kaiserstuhl entre Ihringen et Gündlingen, deux petites villes non loin de Fribourg, que ces vallonnements, à peine perceptibles à l’œil inexpérimenté, se sont révélés être de première importance. L’archéologie aérienne avait déjà attiré l’attention sur ces grands tertres funéraires d’un diamètre de plus de 60 à 70 mètres, fortement nivelés dans les terres agricoles. Les premières fouilles laissent penser qu’ils constituent le plus grand groupe de tumulus funéraires de la plaine du Haut-Rhin, au Sud du pays de Bade (au moins 30), incluant un cimetière important au lieu-dit « Löhbücke » ainsi que des découvertes sur les périodes de Hallstatt et Latène.
Cette nécropole est formée de tertres funéraires relativement plats érigés entre les XVe et Ve siècle av. J.-C. Les premières recherches sont prometteuses : des céramiques artisanales, des bijoux tels que des bracelets en sapropélite (sorte de charbon dont les constituants organiques principaux ont été générés en milieu aquatique), des objets en bois ont été découverts. La petite agglomération d’Ihringen est attestée dès 962, mais cette région viticole a une histoire beaucoup plus ancienne puisque les premiers témoignages sont ainsi vieux de plus de 3500 ans, les Celtes ne s’y implantant que vers 500 avant J.-C.. Des recherches actuelles devraient permettre de remonter plus avant dans le temps et de découvrir les traces de populations plus anciennes.
Ces découvertes se font alors qu’en Bretagne la recherche archéologique est également très active : comme les fouilles d'un habitat domestique associé à une nécropole à incinération datant du premier et du second âge du Fer à Pleumeleuc, le décapage de 3 hectares révélant des occupations continues allant du Néolithique jusqu'à l'Antiquité, précisant l'emprise des populations protohistoriques à Sarzeau, ou, au centre Bretagne, l’étude des réseaux de fermes et des enclos fossoyés gaulois qui apportent un nouvel éclairage à l'organisation territoriale des Osismes et des Vénètes…
Ces recherches sont tout aussi dynamiques
- en Suisse (à Grandvillard près de Fribourg, fin 2025 : découverte d'un tumulus bien conservé datant de 650 à 550 av. J.-C. , contenant des bijoux en bronze indiquant la sépulture d'une femme de haut rang, ou, toujours la même année, à Unterlunkhofen, en Argovie : mise à jour de l’énorme cimetière de tumulus celtiques de la vallée de la Reuss, remontant aux environs de 800 av. J.-C., ou encore à Bâle-Campagne : analyse scientifique du plus grand trésor de monnaies celtiques en argent de Suisse (355 quinaires de type Kaletedou datant de 90–70 av. J.-C.) etc.
- en Italie où les dernières fouilles sur les populations celtiques se concentrent dans le nord de la péninsule, notamment sur la nécropole de Povegliano Veronese (près de Vérone) et sur les sites de la plaine du Pô. Ces travaux illustrent l'intégration des Celtes (Cénomans) dans les populations locales entre le IVe et le Ie siècle avant notre ère.
- en Espagne avec la continuation des études sur les habitats fortifiés de l'âge du fer et de la période gallo-romaine (comme le Castro de Viladonga), les fouilles de Castrogoda et Colenda (Ségovie) qui, entre autres, fournissent les preuves de la destruction romaine de ce grand oppidum protourbain celtibère (peuplé par les Arévaques entre le IVe et le IIe siècle av. J.-C.), ou encore la découverte à Peña Castro (León) en janvier 2026 d’un complexe religieux de l'âge du fer unique dans le nord de la péninsule. Ce site celte révèle des structures cultuelles majeures et des dépôts rituels préromains.
- La planète celte continue à émerger et à remettre en question les habitudes frileuses qui se sont ensuite perpétuées : enfermement dans des frontières, conquêtes, rejet de l’autre… En un mot, ce dont Montesquieu se moquait avec le célèbre mantra de ses Lettres persanes : « Comment peut-on être Persan ? »
Commentaires (13)
Cela gêne un peu les Français, le mythe gaulois de la France s'effondre. Le centre de l'Europe fut tout autant celtique que le furent les Gaules.
L'article est très intéressant. Une petite précision toutefois: la Tène devrait s'écrire en deux mots. Il s'agit d'une petite localité située au nord du lac de Neuchâtel près de la ville éponyme. Par contre, l'adjectif latènien s'écrit en un seul mot.
Bien évidemment, "l'histoire" antique n'a rien à voir avec les frontières politiques actuelles ! Les termes "Gaulois" et "Gaule" ont été attribués aux populations celtes qui s'y trouvaient par Jules César, qui a surtout beaucoup détruit. Il faut oublier cela pour étudier sérieusement l'Antiquité mondiale.
...
Le terme "Gaule" a été attribué à un territoire pas forcément peuplé de Celtes... Les Basques (à l'époque, tout le sud de la Garonne), des Germains au nord (au sud du delta rhénan), etc.
Le mot "Celte" est aussi fourre-tout que le mot "Gaule"... Comment pouvez-vous affirmer ce que vous dites ? Quelles sont vos sources ?
En général, ce terme désigne une famille de langues et des styles, des habitudes ayant fleuri entre 600 av. l’ère actuelle et 200/300, ayant des traits communs et bien étudiés. Il devient certes un fourre-tout, comme vous l’écrivez, dès qu'on l'utilise pour décrire un peuple unique, une sorte de nation ou/et un folklore magique. La petite contribution que vous avez parcourue n’a pas d’autre but que de montrer ce qui se fait un peu partout pour mieux comprendre le phénomène « celte », et étudier ces populations pré-romaines qui, loin d’être barbares, possédaient des cultures solides se recoupant sur de nombreux points. Faites donc un tour par ici. Il y a des choses intéressantes à voir et qui annulent les idées de ceux qui pensent encore en termes de peuples, de races, de frontières…
Les Basques, d'ethnie et de langue, vivaient au sud de la Garonne (Vasconie, Gascogne) et ont été inclus dans la Gaule. Ils n'étaient pas celtes, tant sur le plan religieux que linguistique. Il n'est pas nécessaire de chercher des sources sophistiquées ; il suffit de regarder la carte de la Gaule romaine et l'occupation linguistique du basque et de la langue celtique à cette époque. La côte méditerranéenne était également très variée, avec notamment des Grecs. Par ailleurs, les Celtes de cette partie de l'Europe n'étaient pas unis. Par exemple, les Vénètes, un peuple majeur de la confédération armoricaine, ont été vaincus par César après la défaite de Vercingétorix, qui avait réuni plusieurs peuples, mais pas tous les Celtes de la future Gaule. La Gaule est une invention coloniale romaine. Les Celtes y étaient majoritaires, mais pas seuls, et tous les Celtes ne vivaient pas en Gaule, loin de là.
La langue et la religion n'ont rien de fourre-tout ! Vue l'étendue territoriale, l'unité linguistique était particulièrement marquée. La toponymie montre bien la difficulté à distinguer une origine "gauloise" d'une origine bretonne (cf : britonique insulaire). Les divergences linguistiques se sont bien plus constituées postérieurement du fait du déclin politique et territorial (romanisation, puis influences franques et anglo-saxonnes) et du cloisonnement médiéval et géographique.
Ma réponse n'est pas parue. Résumé : les Gaulois sont une invention du XIXe siècle, utilisée pour imposer l'idée d'un peuple unique qui peuplait la France avant les Romains. Les autres peuples habitant ici depuis des siècles sont effacés, et ceux qui ne sont pas considérés comme gaulois sont vus comme des étrangers. Cela alimente les discours des racistes et des négationnistes, qui nuisent à la Bretagne et à son peuple bi-culturel.
Informations sérieuses et vitales. Merci à tous ces passionnés de nous faire revivre ce temps-là. Une cartographie des migrations de ces différents peuples celtiques existe-t-elle ?
Lors d'une excellente conférence donnée par Erwan Cartier-Le Floch à l'occasion du Festival de Cornouaille 2026 (Kemper), les périodes de Hallstatt et La Tène ont été évoquées.
Voir l’ouvrage bilingue « Atlas des mondes celtiques / Atlas ar bed keltiek », publié chez Coop-Breizh (vers 2012 ?). Texte d'Erwan Cartier-Le Floch, brezhoneg gant Divi Kervella, cartographie Mikael Bodlore-Penlaez.
La Tène s’écrit effectivement en deux mots. La (mauvaise) graphie utilisée dans l’article provient sans doute de l’IA (ça y ressemble !) et aura échappé à la relecture.
Lors de la conférence de Kemper, il nous a été dit que l’archéologie celtique était en pleine effervescence actuellement en Europe. On peut donc s’attendre à de nouvelles découvertes, précisions et interprétations sur le monde celtique dans les années à venir.
Les traces de nos ancêtres sortent des brumes de la préhistoire, ou plutôt des sols des sites en cours d’exploration...
N’eo ket deus latar pe mogidell ar ragistor ma teu roudou ar Gelted kozh, deus kalzig a lec’hioù kozh ne lâran ket...
J'apprends dans le Télégramme du jour que le torque de Vix a été volé le 24 juillet !