
Ouest-France, quotidien le plus vendu en France, est en crise avec un déficit de 8,9 millions d’euros. Le quotidien annonce la suppression de 156 postes au rythme des départs en retraite
Il y a une différence entre tirage et lectures, imprimés et vendus, papier et numérique.
Selon Libération , Ouest-France prévoit 156 suppressions de postes . Ce quotidien perd de l'argent « malgré 600 000 exemplaires vendus chaque jour ». Le chiffre est de bon ordre de grandeur, mais le mot « vendus » est trompeur. Selon l'ACPM, qui certifie les chiffres de la presse, Ouest-France a diffusé en moyenne 581 505 exemplaires payés par numéro en 2025, et environ 596 000 en diffusion totale, exemplaires non payés compris. Il ne s'agit donc ni d'un tirage ni d'un nombre de lecteurs : c'est une diffusion certifiée. L'AFP précise d'ailleurs « ventes numériques incluses », ce que le titre et le chapô omettent.
Cette diffusion regroupe abonnements papier et numériques, portage, ventes groupées et vente au numéro. Un abonnement numérique compte dès qu'il est réglé, même s'il est peu utilisé : certains abonnés n'ouvrent le journal qu'occasionnellement, au gré d'un post sur les réseaux sociaux. Pour savoir combien de personnes lisent réellement, il faut consulter l'audience, également publiée par l'ACPM : 2,38 millions de lecteurs pour Ouest-France, tous supports et bien sûr ce chiffre diminue tous les ans. Le journal vise l'équilibre financier en 2028 après une perte nette de 8,9 millions d'euros en 2025, sa cinquième année déficitaire d'affilée.
Comme-si on n'avait pas déjà assez de chaînes de télévision
Le groupe, déjà déficitaire, s'est aussi lancé dans la télévision : Novo19 a démarré le 1er septembre 2025. Selon sa directrice Guénaëlle Troly, la chaîne dispose de 30 millions d'euros par an pour l'achat de contenus, avec un équilibre prévu fin 2028. Pour le président du directoire d'Ouest-France, François-Xavier Lefranc, l'ensemble du projet représente entre 50 et 60 millions d'euros par an. Le groupe disait aussi être prêt à assumer un déficit de 60 millions d'euros sur trois ans. Libération rappelle que le journal s'est beaucoup endetté ces dernières années, entre autres pour ce lancement.
Sans les aides publiques le déficit serait le double
Le ministère de la Culture publie chaque année un tableau des titres de presse aidés. Celui de 2024, en ligne depuis le 6 août 2025 , indique que le groupe Sipa Ouest-France a perçu 12,88 millions d'euros pour 57 titres, ce qui le place au 3e rang des groupes de presse aidés, derrière Les Échos-Le Parisien (17,98 M€) et Le Monde (17,26 M€). Le titre Ouest-France a reçu à lui seul 6,43 millions d'euros, soit le 6e titre le plus aidé du pays.
Pour 2023, le même ministère chiffrait les aides au groupe à 14,6 millions d'euros, dont 6,9 millions pour le titre Ouest-France ( voir notre article de 2024 ). Ces deux montants ne sont pas strictement comparables : 2023 incluait une aide papier exceptionnelle de 30 millions d'euros pour l'ensemble de la presse et un périmètre plus large (75 titres contre 57). Les tableaux 2025 ne sont pas encore publiés.
Sources :
AFP/Libération (23 septembre 2026) ; ACPM ; Sénat, avis n° 149 sur le PLF 2025 ; exposé sommaire de l'amendement n° 698 à l'article 49 du PLF 2026 (Assemblée nationale).
Entretien avec Guénaëlle Troly et François-Xavier Lefranc, Influencia ; Advanced Television (2 septembre 2025).
Commentaires (7)
Qu'un journal dont le but affirmé (c'est aussi son titre) est de « ouestitiser » la Bretagne connaisse des difficultés est dans l'ordre des choses. En tout cas, dans mon ordre des choses. Ensuite, la propension de ce journal à annoncer les trains qui arrivent à l'heure, à éviter toutes enquêtes, à marginaliser le breton, à insister sur le côté ligérien de Nantes et le refus des lecteurs de participer à ce massacre me fait espérer dans la race humaine. C'est assez rare en ce moment pour le mentionner...
Après avoir interdit la publicité sur les alcools et le tabac, le pouvoir avait promis des subventions pour compenser la perte de ces rentrées financières.
Nous en sommes là et qui osera parler d'une presse et des médias libres et indépendants ?
Plus globalement, l'État français et son système prélèvent beaucoup et distribuent beaucoup. Tout le monde ou presque y passe : entreprises, associations, médias, monde des élus, etc. Façon efficace de tenir la société sans mettre les opposants en prison. Les quelques personnes libres, elles, comme ici ABP, font au mieux avec beaucoup de bénévolat. Les dictatures emprisonnent, la France achète la soumission.
Sauf erreur ou omission, lors du passage au numérique et à Internet, la rotative à Nantes fut un énorme investissement sans doute inadapté à l’évolution de la presse. Ceci doit s’ajouter aux observations supra de Gwenole Guiomard.
À force de faire de la censure, de ne pas aborder de problèmes locaux qui dérangent les annonceurs et les collectivités depuis des décennies...
À force d'encourager l'auto-censure de ses professionnels,
Sachant que le groupe O....T.... est en monopole en Loire-Atlantique,
je me suis désabonné de Ouest...T..... !
Ouvrons de nouveaux médias indépendants...
Je suis étonné du montant des aides accordées au Parisien et au Monde...
Lorsque j'étais gamin, ma grand-mère lisait Ouest-France pour les potins du coin et les obsèques, et nous, gamins, on disait Ouest Torch reor, le journal du clergé, disait mon père. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un journal militant Woke ! Et c'est reconnu par un directeur qui a écrit un bouquin sur La Rouerie. Donc, je n'invente rien.
Il faut dire à Ouest-France que 44 = Breizh ! ! !
Mais ils ne veulent pas ! ! !
Trop imbus d'eux-mêmes. Trop jacobins. Trop « Pravda » aussi. Ça fait beaucoup.