
Inauguré à Lorient lors du Festival Interceltique en 2016, l’Interceltic Business Forum s’est tenu pour la première fois sur l’île de Man à Douglas, réunissant chefs d’entreprise, investisseurs, responsables publics et innovateurs venus de l’ensemble des nations celtiques. Après des éditions à Galway, Cardiff et Falmouth, cette nouvelle étape confirme la montée en puissance de ce rendez-vous économique original, à la croisée des enjeux économiques, culturels et territoriaux.
L’événement a été ouvert par le Premier ministre de l’île de Man, Alf Cannan, aux côtés de la directrice de Business Isle of Man, Kirree Gooberman, et du fondateur du forum, Charles Kergaravat. Tous ont insisté sur la nécessité de renforcer les coopérations entre territoires celtiques, dans un contexte de compétition économique accrue mais aussi de réaffirmation des identités régionales.
Une approche économique ancrée dans les identités celtiques
Dès les premières discussions, le forum a mis en avant une idée centrale : les territoires celtiques ne doivent pas être définis par leur taille mais par leur capacité d’initiative et leur ouverture internationale.
The Interceltic business Forum est un puissant rappel que si nos régions sont petites en taille, nous sommes plus forts quand nous travaillons ensemble - Hon Alfred Cannan, Premier Ministre de l'Île de Man.
Au-delà des échanges économiques classiques, le forum s’est distingué par son approche intégrée : économie, culture, diaspora et identité y sont abordées comme des leviers complémentaires. Cette vision, encore peu présente dans les grands forums économiques traditionnels, constitue l’une des marques de fabrique de cette initiative.La Bretagne était représentée par deux acteurs, AudéLor et Fidal Bretagne, signe d’une présence encore modeste mais engagée dans ce réseau économique interceltique, malgré l’absence de liaisons directes avec l’île de Man.
Une économie insulaire en pleine expansion
L’accueil de l’événement a permis à l’île de Man de mettre en avant son modèle économique, fondé sur l’agilité, l’innovation et une forte attractivité pour les entreprises. Les participants ont pu découvrir un écosystème local structuré autour de secteurs clés : innovation, ingénierie, tourisme, maritime ou encore industries manufacturières.
Les entreprises locales ont profité de cette visibilité pour établir des contacts directs avec des acteurs venus d’Irlande, d’Écosse, du pays de Galles, de Bretagne ou de Cornouaille. L’événement a ainsi joué un rôle concret de mise en relation, au-delà de sa dimension symbolique.
Intelligence artificielle et innovation au cœur des débats
L’innovation, et en particulier l’intelligence artificielle, a constitué un axe majeur des discussions. Les intervenants ont insisté sur un double enjeu : tirer parti des opportunités offertes par ces technologies tout en évitant un creusement des inégalités, notamment pour les langues minoritaires.
Tomás Ó Síocháin a ainsi mis en garde contre le risque de marginalisation des petites communautés linguistiques dans le développement des outils numériques. À l’inverse, Declan Ivory a présenté des usages déjà concrets de l’IA dans les entreprises, notamment pour améliorer la relation client et l’efficacité opérationnelle.
Une session spécifique a également montré comment ces technologies peuvent contribuer à la préservation des langues celtiques, en prenant l’exemple du mannois.
Diaspora et réseaux : un levier stratégique
Autre thème structurant : le rôle de la diaspora. Loin d’être abordée sous un angle uniquement culturel, elle a été présentée comme un véritable outil de développement économique. Des intervenants comme Aisling Moroney ont montré comment l’Irlande mobilise ses réseaux à l’international. Une table ronde réunissant notamment Nicola Lloyd (Global Cornish) et Allan Mulrooney du Western Development Commission (en Irlande) a insisté sur la capacité des diasporas celtiques à générer des opportunités d’affaires, grâce à des réseaux fondés sur la confiance et l’appartenance.
Tourisme durable et économie responsable
Le forum a également abordé la question d’une croissance économique plus responsable. Le secteur touristique a été particulièrement mis en avant, avec des exemples d’entreprises engagées dans des démarches de certification environnementale (B-Corp).
Les discussions ont souligné une évolution vers des modèles touristiques moins centrés sur le volume et davantage orientés vers la qualité, l’impact local et la préservation des ressources naturelles. Une orientation particulièrement pertinente pour les territoires insulaires comme l’île de Man, reconnue réserve de biosphère par l’UNESCO en mars 2016.
Industrie, maritime et savoir-faire locaux
Plusieurs sessions ont permis de valoriser les secteurs traditionnels, notamment le maritime et l’industrie manufacturière. Ces échanges ont rappelé que les économies celtiques ne reposent pas uniquement sur les services ou le numérique, mais aussi sur des savoir-faire industriels capables de s’inscrire dans des marchés internationaux.
L’exemple d’entreprises locales, notamment dans le textile haut de gamme, a illustré cette capacité à conjuguer ancrage territorial et compétitivité globale.
Investissement et structuration des écosystèmes
La question du financement des entreprises a également été abordée, avec l’intervention de Mary McKenna. Les échanges ont mis en lumière un enjeu partagé par de nombreuses régions celtiques : faciliter l’accès au capital et structurer des écosystèmes favorables à la croissance des start-up.
Le forum est apparu comme un outil concret pour renforcer ces réseaux, en mettant en relation entrepreneurs, investisseurs et décideurs publics.
Une dynamique appelée à se poursuivre
Au-delà de cette journée, plusieurs initiatives ont été annoncées : une rencontre lors de la London Tech Week, le lancement d’un Interceltic Startup Challenge, et la prochaine édition du forum prévue à Lorient le 3 août.
Ces perspectives confirment que l’Interceltic Business Forum ne se limite pas à un événement ponctuel, mais s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à structurer un véritable réseau économique interceltique.
En accueillant cette édition, l’île de Man a démontré sa capacité à s’intégrer pleinement dans cette dynamique. Le forum confirme, édition après édition, l’émergence d’un espace de coopération original entre territoires celtiques, où développement économique, identité culturelle et ambition politique tendent à converger.
Commentaires (6)
Pour l'avenir dela Bretagne, c'est une faute de ne pas intégrer l'Angleterre à ce forum, il faudrait sortir d'une conception restrictive de l'interceltisme, que de temps perdu sur le plan économique.
Cher Penn kaled : " Pour l'avenir de la Bretagne ..."
Désolé mais vu le situation de la Bretagne, je n'entrevois aucun avenir pour notre nation, avec Angleterre ou mars.
- Découpage administratif sans Nantes séparée des autres villes bretonnes. Portant jumelée avec Cardiff.
Un lent effacement de l'image de la Bretagne avec ses 5 départements et surtout aucune volonté de réparer cette injustice.
- Aucune prise sur notre devenir commun.
- Aucun moyen financier propre à disposition.
Donc la faute c'est d'écrire des phrases en dehors de toute réalité et hors sujet.
Vous avez tout à fait le droit de ne pas être de mon avis, mais quand à dire que je suis hors sujet je crois que c'est un petit peu discutable.Un précurseur Gourvennec, quoique que l'on ne peut ne pas apprécier d'autres faces du personnage, c'est lui qui a rétabli des liens économiques avec l'Angleterre et l'ensemble des îles britanniques, contribué à créer la Brittany Ferries. Justement si ces échanges prendraient de l'ampleur, cela faciliterait la réunification,vu la vocation maritime de la Loire Atlantique Si l'histoire ne se répète pas de la même façon, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Au temps de l'indépendance, l'Angleterre, en partie par opportunisme, était le soutien de la Bretagne et son principal partenaire commercial, quand l'Ecosse était l'alliée de la France.La géopolitique peut être parfois cruelle, mais elle peut encore devenir une occasion d'installer des rapports force avec Paris pour remettre la Bretagne en marche, détournant les regards des Bretons de manière unilatérale vers l'est, ce qui aurait pour conséquence un basculement de l'opinion en faveur de l'émancipation sur le temps long. Au plan économique ce serait une erreur que de s'en tenir qu'aux pays celtiques. La position géographique de la Bretagne au centre de l'espace atlantique européen mérite mieux.
Je suis tout à fait d'accord avec vous.
Point essentiel : nous tourner vers l'extérieur en général (et certainement pas juste les petites/lointaines Ecosse ou Irlande), nous faire connaître, trouver des solidarités. La question de la mer ou des minorités culturelle va bien au-delà de la sphère celtique. Une force économique importante voisine, c'est évidemment l'Angleterre (dont fait partie actuelle la Cornouaille et le Devon, nos cousins directs). De toute façon, qu'on le veuille ou non l'Angleterre est le mammouth au milieu du magasin de porcelaine celtique.
L'Economie c'est justement un moyen plus aisé de sortir des carcans politiciens. Et c'est important pour exister et peser. La Bretagne c'est la Mer et nous ne commerçons plus par la Mer. Paris ne nous voit que comme un pole de Défense. De la main d'oeuvre à porte-avions, des miliaires et des bases sosu-marines. C'est précisément ce que nous devons éviter absolument !!
On s'amuse à réunir les 27 états européens en termes de défense,d'économie,etc...Si l'un de vu vous s"y attelait pour notre archipel ,on y verrait plus clair ,non ?. ? Près de 20 millions de celtes, c'est quand même autant que les Scandinaves reunis !
Oui mais cet ensemble celtique n'a pas le même poids économique que la Scandinavie, bel ensemble géographique. En enlevant l'Angleterre de la celtie, vous ne trouvez pas qu'il manque une pièce au puzzle, c'est comme si on enlevait la suède ou la Norvège de la Scandinavie, je ne parle pas de la Finlande, pays nordique mais qui n'est pas considéré comme scandinave.