Des manifestants s'opposent à l'ouverture de la Brasserie Kerfave à Pléguien pour des raisons politiques. Que nous dit cette manifestation sur les manifestants eux-mêmes et sur le Mouvement breton en particulier ?
Le 14 mai 2026, un entrepreneur inaugurait la brasserie Kerfave à Pléguien dans les Côtes-d’Armor. Spectacle de jongleurs, musique bretonne, stand de dégustation de bière au programme. Et pourtant une manifestation a regroupé environ quatre cents personnes pour protester contre l’ouverture de cette brasserie. Pourquoi ? Oui pourquoi, ou pour quoi ?
Pourquoi ? Parce qu’un des cogérants, Erik Tegnér, dirige le magazine Frontières et intervient sur la chaine CNews. Pour le Comité antifasciste 22, il s’agit d’« un repaire de fascistes qui avancent masqués » (BFM, 14/05/2026). Parmi les réactions opposées à l’ouverture de cette brasserie, le Télégramme mentionne même des « réactions racistes envers son associé Éric Rucklin » (Télégramme, 6/05/2026). La société en question est d’ailleurs déclarée seulement au nom de son associé (BFM, 14/05/2026). De son côté, la Brasserie Kerfave déclare dans un communiqué : « Face aux appels au boycott, à la manifestation voire aux dégradations, et à de nombreux propos injurieux et diffamatoires, nous rappelons que la liberté de commerce est un droit fondamental. Produire local n’a rien de politique. » Ouest-France relate : « Ces manifestants arborent des drapeaux de l’Union démocratique bretonne, de La France Insoumise ou encore du syndicat des antifascistes. Les panneaux qu’ils tiennent à bout de bras plantent le décor « De Bringolo à Plouha, ni facho ni Bardella » ou encore « Nos bières on les aime sans frontières »» (O.F. 14/06/2026).
Pour quoi ? Toute action politique a un but. Ici le but des manifestants est d’intimider des entrepreneurs qui ne pensent pas comme eux, et par la même occasion d’intimider les éventuels acheteurs et partenaires de cette brasserie. Il s’agit donc de définir à partir de critères idéologiques ceux qui ont le droit ou non d’entreprendre et de vivre de leur travail. Or, dans une République, les droits sont les mêmes pour tous les citoyens et aucun groupe social ou politique ne peut prétendre se substituer à la loi ni faire sa propre loi. Le droit d’entreprendre et d’avoir ses propres opinions est un acquis sans distinction d’opinion politique. Malheureusement, l’extrême-gauche dite « antifasciste » utilise trop souvent des méthodes d’intimidation de nature fasciste. Quel est donc cet interdit qui vous positionne immédiatement comme « facho » ? Tout simplement parler d’immigration, ne serait-ce que vouloir réguler l’immigration. « Nos bières on les aime sans frontières » disent quelques manifestants. Parfait ! Nous aimerions, nous aussi, vivre au Paradis sur terre, dans un monde où tout le monde s’aime et sans frontières. Sauf que, la définition d’une identité stable et l’exercice d’une démocratie populaire garantie par un Etat de droit, ne peut s’exercer que dans le cadre de frontières.
Il est dommage, de mon point de vue, - et c’est tout-à-fait leur droit - de voir des militants bretons autonomistes prêter leur voix aux militants de La France Insoumise. De ce fait, ils renforcent la dichotomie entre les gens du peuple, qui s’apprêtent à voter Rassemblement National en réaction justement au mépris et aux injonctions moralisatrices multiples dont ils font l’objet, et la gauche mélanchoniste pour qui toute identité enracinée doit disparaître au profit d’une créolisation généralisée : une fausse créolisation au final, car LFI défend d’abord les populations d’origine étrangère et qui souhaitent rester étrangère. Où est la créolisation dans ces conditions ? Entre les deux écueils, RN et LFI, le vide politique s’agrandit. Nous conduira-t-il à l’abime ? Entre les deux camps, il faut surtout choisir celui de la liberté d’expression, du débat et autant que possible de la raison. Un Mouvement politique breton conscient des enjeux et qui défend en priorité et vraiment le peuple serait donc le bienvenu !
Commentaires (12)
Là tu déconnes Mimile !
Les fachos c'est bien ceux d'en face ! Avec du pognon derrière & une capacité larvesque de pourrissement. Parfois il faut oser franchir des limites dans le combat. Cf. Feu l'ARB dont j'ai été très proche... jusqu'à ce des jeunes cons militants gallo n'assument pas leurs actes. J'en sais beaucoup.
Là c'est l'UDB dont je fais partie. Et qu'ils s'allient pour une fois a la France insoumise c'est tant mieux ! Je ne confonds pas LFI a cet abruti nationaliste de Mélenchon. Sur le terrain nous avons les mêmes buts, comme ici a Redon. LFI n'est surtout pas le diable mais l'expression de l'indiscipline bretonne. Totalement dans nos idéaux.
Grandement en accord avec cet article ! Ces manifestations sont de type fasciste car elles s'opposent à la Liberté. Si l'on n'est pas d'accord avec les citoyens qui fréquentent cet établissement, on n'y rentre pas! La Démocratie, c'est de reconnaître qu'il est possible de penser différemment, le tout est de convaincre par le dialogue, n'est-ce pas l'Union Démocratique Bretonne? Ce n'est, hélas, pas la première erreur de l'UDB qui a déjà renoncé à l'Union et j'ose espérer pas encore à la Démocratie. Que pense LFI, disons plutôt Mélenchon, de la Bretagne et des Bretons?
Chers UDBistes, de qui êtes-vous à la remorque?
En temps normal, la liberté d'entreprise et celle du commerce adoucissent les moeurs.
MONTESQUIEU : "(...) l'esprit de commerce entraîne avec soi celui de frugalité, d'économie, de modération, de travail, de sagesse, de tranquillité, d'ordre et de règle." in : "L'esprit des lois" chap. VI, Gallimard - Folio - Essais, n° : 275 - p.156
Pour vraiment apprécier cette désolante affaire encore faudrait-il pouvoir consommer cette bière !
Décidément, il est bien difficile de produire de la bière en Bretagne. En effet, on se souvient qu'un petit brasseur débutant voulant donner à sa production le nom de la rivière donnant son eau et qui coulait à côté de la brasserie, dut y renoncer à cause des menaces juridiques d'un mastodonte du secteur portant ce même nom.
A
Cette histoire est la manifestation de l’état de colonisation dans lequel se trouvent les cerveaux de certains Bretons. Beaucoup ne sont plus que des marionnettes téléguidées depuis Paris par les partis nationalistes français. Et quelles actions sont-ils prêts à entreprendre contre l’Etat français qui prive les Bretons de leur liberté et poursuit son œuvre de destruction de la langue et de la culture bretonnes, sans parler du patrimoine matériel ? Aucune je pense car aucun d’entre eux n’oserait s’aventurer dans une action qui n’aurait pas la bénédiction de Paris. Et s’attaquer à un particulier requiert beaucoup moins de courage que d’affronter l’Etat français. Ces pseudos militants bretons sont bien devenus des français comme les autres.
Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir les grandes maneuvres de l'extreme droite sur tous les terrains : main mise sur la presse et les médias ( à commencer par Cnews), tentatives sur les fêtes historiques, banquet du "Canon Français", créatins d'écoles privées, et premières décisions des maires RN (interdictions de manifestations syndicales, réductions ou suppressions de subventions aux assos culturelles ou sociales) ... Aujourd'hui, ils veulent vendre de la bière; et demain, des crêpes ?
Bravo Monsieur !
En accord avec votre texte, qui, exprime la démocratie, dont nous breton, nous apprécions.
A l'opposé des propos vulgaire et extrémiste du sieur Jean Boidron !
Un grand merci à Emile pour mettre en lumière les limites du mouvement breton au travers de ce fait divers assez pathétique. Tout à chacun devrait se réjouir de la création d'une entreprise en Bretagne et de ses retombées économiques. La gauche bretonne se fait à nouveau piéger en s'imposant comme un pseudo censeur moral et en se donnant le droit de définir ce qui est bien et ce qui est mal. Cette posture nous mène dans le mur depuis 45 ans mais peu importe les conséquences, il faut enfoncer le clou et se radicaliser encore d'avantage. Pourquoi le fait de penser différemment de l'ultragauche est il aujourd'hui systématiquement condamné? Pourquoi le fait de parler de l'immigration incontrôlée et de ses conséquences économiques et sociétales est-il perçu comme une démarche fasciste? Il y a un vrai problème de posture de la Gauche en Bretagne qui ne parvient pas à s'affranchir de certains idéaux et d'une doctrine qui l'enferment dans une caricature qui a très mal vieilli. Les antifascistes auto-déclarés sont désormais devenus les néofascistes de service par leurs interdits, leur pression et leur violence. Bravo l'UDB! Quelle tristesse de voir toute cette énergie perdue dans des gesticulations qui n'ont aucun sens.
Ceci étant dit, c'est un jolie coup de pub pour cette brasserie car les bretons dans leur majorité n'adhèrent pas à ces thèses d'un autre âge et sauront faire la part des choses. J'ai hâte de pouvoir goûter cette bière d'une jeune brasserie bretonne.
Yec'hed mat!
Tout à fait d’accord avec la première partie de ces observations.
Ces manifestations d’un autre temps sont indignes du combat que nous menons depuis des années pour une Bretagne ouverte, constructive et tournée vers l’avenir.
Les grands bâtisseurs du développement breton - pensons notamment au CELIB et à se héritiers dont nombre de responsables politiques, économiques, et du monde culturel et médiatique bretons d’aujourd’hui- avaient compris qu’il fallait savoir se rassembler sur l’essentiel, au-delà des clivages politiques, afin de défendre ensemble les intérêts de la Bretagne. Cette capacité à construire du commun avant de débattre des désaccords a longtemps fait la force et l’originalité bretonnes, au point d’être souvent regardée avec envie ailleurs.
La censure, l’intimidation ou les tentatives d’empêcher la parole ne grandissent jamais une démocratie. Comme le rappelait Voltaire, même si je n’approuve pas ce que vous dites, je me battrai pour que vous puissiez…
Lorsqu’on est en profond désaccord avec certaines idées, la liberté d’expression demeure un principe fondamental. Combattre des idées ne peut se faire efficacement que par le débat, jamais par la caricature ou l’exclusion.
Mais je suis également en désaccord avec ceux qui présentent la « créolisation » ou les métissages culturels comme une menace pour la Bretagne. Cette vision est en contradiction profonde avec l’histoire même de notre région. La Bretagne a toujours été une terre de passage, d’échanges et de rencontres. Ses côtes ont vu passer et parfois s’installer des peuples venus d’horizons multiples : influences celtiques bien sûr, présence romaine, échanges avec le monde méditerranéen, incursions nordiques et vikings, marins venus d’Afrique, du Levant ou des Amériques au fil des siècles. Les ports bretons ont toujours relié notre région au vaste monde. C’est d’ailleurs ce qui contribue à l’image internationale très forte de la Bretagne. Voyageant régulièrement par le monde, je le constate régulièrement
Les Bretons eux-mêmes ont été parmi les peuples français les plus nombreux à émigrer, en Europe, dans les Amériques, en Afrique ou ailleurs. Aujourd’hui encore, les réseaux et associations bretonnes à travers le monde témoignent de cette histoire faite de circulations, de métissages et d’enracinements multiples. Les Bretons ont eux aussi contribué, ailleurs, à ce brassage des cultures.
Et il faut le dire clairement : certains des plus beaux défenseurs actuels de la culture et de la langue bretonnes sont issus de familles venues d’autres horizons, y compris de l’immigration récente. C’est une richesse et une fierté pour la Bretagne, non une menace.
Oui à une Bretagne ouverte sur le monde, fidèle à son identité mais jamais enfermée sur elle-même. Oui à une Bretagne capable de rassembler plutôt que de diviser. Non aux visions de repli qui ont déjà, par le passé, tant nui à son image et à son développement.
C’est dans cet esprit que je désapprouve ces manifestations, tout en respectant le droit de chacun à exprimer ses opinions, même lorsque je ne les partage pas, et parfois précisément parce que je ne les partage pas.
Pierrick Hamon, 93 Montreuil
Votre Bretagne me semble particulièrement idéalisée, l'Histoire revisitée (les bretons-insulaires se sont installés/réfugiés ici justement pour la recherche d'une sécurité globale ET culturelle) , et relève plus d'un prisme made in Montreuil (entre Paris, le 93 et la très chic Vincennes) à mon avis...
Bonjour,
Je suis tout à fait d'accord avec la teneur de cet article, merci à Emile Granville. Que dire d'autre? Que l'UDB, ce boulet que nous, Bretons, traînons depuis bientôt deux générations, a fait encore preuve d'un grand discernement politique en s'alliant avec les réactionnaires de LFI lors de cette pathétique pantalonnade à la brasserie Kerfave, que cette pitoyable manifestation a au moins servi à une chose, à savoir donner un méga-coup de pub aux dirigeants de cette nouvelle entreprise, et c'est tant mieux pour eux, et que ceux qui sont persuadés d'être dans le camp du "bien" ne sont en réalité que des néo-fascistes qui s'ignorent, et qu'enfin il est grand temps, en Bretagne, de virer cette clique de nationalistes franchouillards, son crypto-stalinien en chef, j'ai nommé Mélenchon (74 ans et quatrième candidature à la présidence de la République, si, si!) et ses tristes affidés udébistes, lesquels passent leur temps, depuis un demi-siècle, à faire des choix politiques incompréhensibles. A ce propos, une question: y a t-il une direction à l'UDB, une sorte de bureau politique en somme? Répondez-moi, svp. A galon,
La haine de LFI et de ses satellites pour tout ce qui est un marqueur européen de manière générale culturellement, historiquement, même, physiquement, est tellement flagrante que l'extrême-droite nationaliste française a un boulevard dans nos contrées et progressera encore et encore inexorablement chez nous. C'est moins évident dans d'autres zones, tant le changement de population est allé vite.
Du reste rien ne justifie cette violence gratuite. La violence peut avoir des circonstances face à une oppression, parfois une oppression d'Etat.
Or, là, l'oppression, c'est LFI.
Émile Granville nous a déjà surpris ici avec la même thématique, il enfonce le clou mais on avait bien compris la rhétorique. Cette fois quelques passages sont encore plus éclairants mais surtout sidérants, effectivement la République nous rappelle que les droits sont les mêmes pour tous les citoyens et qu'un groupe ne peut se substituer à la loi, qu'en est-il donc du droit de manifester ? L'article commence fort dès les premiers mots en évoquant ' un entrepreneur '. Cette référence à une profession est naïve ou provocatrice ? J'invite Emile Granville à sortir de ses certitudes afin de mieux comprendre de qui l'on parle car monsieur Tegnér est un cas très spécial qui mérite toute l'attention des Bretons. J'invite ceux qui ne le connaissent pas à aller voir sa fiche wikipédia et à creuser un peu plus car des journalistes ont fait une synthèse des premiers numéros de la Frontières dont il est le fondateur et il est presque stressant de découvrir ses propos, anti républicains, pro russes, manipulateurs, annonciateurs ( et même plus ) de la guerre civile, obsédé par la guerre culturelle et...très intéressé par la Bretagne. La manière de tout ramener à la secte de Mélenchon qui n'est en rien le centre du monde dans notre pays breton et pas plus en capacité de mener au pipeau des militants bretons assez grands pour réfléchir ne devrait pas nous entrainer naïvement à ignorer les objectifs très clairement expliqués d'une extrême droite offensive, calculatrice et très aidée financièrement. Monsieur Tegnér regrettait les résultats des dernières législatives qu'il aurait aimés plus forts encore en faveur de ses amis extrémistes comme il regrettait les obstacles en Bretagne, notamment en matière de presse régionale. Depuis combien de temps Le Pen s'emploie-t-elle à pénétrer le moindre hameau, le moindre champs de foire, la plus petite fête d'école ? Alors il est évident que l'on dépasse de loin l'installation d'un simple 'entrepreneur' dont les propos sont extrêmement clairs. Manifester contre cette lente pénétration de notre territoire, des lieux populaires, des mentalités, cet entrisme gage de réussite aux élections présidentielles devrait être la première chose à faire quand on observe de près la vie politique. L'extrême droite et ce monsieur qui s'intéresse soudainement à la bière raisonnent de façon binaire, la France serait partagée entre 'deux peuples', celui fantasmé de la Gaule et celui en provenance d'ailleurs, surtout du sud mais ne jamais oublier que la Bretagne ne fait pas partie de l'équation sauf pour une certaine idée d'un folklore figé, désuet et distrayant.