
Le réalisateur, producteur et écrivain breton Michel Tréguer est décédé le 28 mai 2026 à l'âge de 85 ans. Collaborateur régulier de l'Agence Bretagne Presse, où il avait publié 66 articles, il laisse l'image d'une personnalité polyvalente, à la fois ingénieur polytechnicien, homme de télévision, essayiste et défenseur de la culture bretonne.
Michel Tréguer s'est éteint le 28 mai 2026 à l'âge de 85 ans. Né le 20 octobre 1940 à Coat-Méal et ayant grandi à Brest, il aura suivi un parcours peu commun qui l'a conduit des sciences à l'audiovisuel, puis à l'écriture et à la réflexion philosophique. Il est de la lignée des Morvan Lebesque, de ces intellectuels bretons qui ont parcouru le monde, les civilisations et des idées avant de revenir au port, à la source de leur condition humaine, pour revendiquer leur identité.
Diplômé de École polytechnique (promotion 1959), il rejoint en 1964 le Service de la recherche de la RTF. Il participe alors à l'une des périodes les plus créatives de la télévision française.
Au cours de sa carrière, Michel Tréguer réalise plus de 200 émissions de télévision. Son nom reste associé à des programmes culturels animés par Bernard Rapp ou Philippe Tesson, mais aussi à des émissions populaires destinées à la jeunesse, notamment autour de Dorothée, Jacky ou encore Cabu dans l'univers de Récré A2.
Michel Tréguer était aussi profondément attaché à la Bretagne où il s'est établi définitivement à l'occasion de sa retraite. Écrivain prolifique, essayiste et observateur attentif de la société bretonne contemporaine, il animait le "café breton" à la librairie Dialogues à Brest et en faisait des comptes rendus en breton ou en français dans l'ABP. Au fil des années, de 2008 à 2020, il y a publié 66 articles , abordant aussi bien les questions culturelles que philosophiques, linguistiques ou sociétales , même parfois en breton, une langue qu'il avait dû apprendre par lui-même.
On ne m’a pas appris le breton dans mon enfance. J’ai donc décidé seul de m'y mettre. J’ai alors dédoublé mes activités de réalisateur : pendant vingt ans j’ai travaillé en français à Paris et en breton à Rennes (France 3) où il n’y avait pas suffisamment de travail. J’ai signé une trentaine de films en breton, des fictions, des documentaires : sur les gwerzioù millénaires et avec des bretonnants d’aujourd’hui, des vieux, des jeunes, des enfants. Ça vaut des livres ? À Paris, j’ai imposé des émissions sur la culture bretonne, donc avec du breton, sur TF1 et sur France Culture.
Il a traduit du breton en français le livre de Roparz Hemon "Ur Breizhad oc'h adkavout Breizh " (Un Breton redécouvrant la Bretagne) et a écrit avec son ami Donatien Laurent "La Nuit celtique". Son livre sur l'identité "Espèce d'homme" est une critique acerbe, il y dénonce cette France dont « l'hexagone et la nation sont devenus, dès l'ancien régime mais plus encore sous la révolution, les valeurs sacrées absolues, intouchables auxquelles toutes les autres réalités doivent être subordonnées. »
Par son parcours singulier, à la croisée des sciences, des médias et de la culture, Michel Tréguer aura marqué plusieurs générations. L'ensemble de la rédaction d'ABP adresse ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont apprécié ses écrits et son engagement.
Commentaires (3)
La France n'a pas réussi à étouffer son talent. Mais Michel Treger est moins connu que ce qu'il méritait. J'aime ses livres, Arborigène Occidental par exemple et bien sûr la Nuit Celtique. Il se disait modestement "saltimbanque". autour de sa personne flottait comme une aura de plénitude, une sorte d'équilibre entre ombre et lumière, discrètement.
il aimait ma peinture et avait présidé leJuri du Salon AWEN BREIZH 2007 avec Donatien Laurent, un ami de mon enfance à Bleimor.
N'a-t-il pas aussi écrit trop brièvement dans le Télégramme ?
Je lirai ses 66 articles publiés sur l'ABP.