
Nous assistons à la fin d'un monde avec la perte de confiance dans la démocratie représentative, la montée des haines et la polarisation des extrêmes. Le vieux monde ne songe qu'à se maintenir en pratiquant la récupération des forces nouvelles, mais il est condamné. Et si, pour se soustraire au pire, nous n'avions d'autre solution que...
Ceux qui réfléchissent à la chose publique ne peuvent manquer d’être effrayés par la montée des haines et la perte de sens de la démocratie.
La modération, l’écoute de l’autre ne sont plus de mise. L’intolérance et la haine sur les réseaux sociaux nous ramènent à l’époque barbare de la violence et de l’immédiateté.
Le peuple se détourne de la démocratie formelle mais est-ce bien étonnant ? La démocratie et la chose politique sont devenues l’apanage d’une élite. Le peuple a beau voter, rien ne change. Il ne s’y retrouve plus. C’est comme si le pouvoir était aux mains d’une élite composée d’élus professionnels, de réseaux et de grands possédants.
Les élections régionales ne présentent plus d’intérêt avec près de 65% d’abstention en 2021. Les compétences dérisoires de la région réduisent l’enjeu électoral à l’octroi de quelques sièges. Le pouvoir est ailleurs et le peuple ne s’y trompe pas. En Bretagne, le PS s’accroche en pratiquant la récupération des autres forces, comme l’écologie avec le triste épisode de Daniel Cueff aux dernières élections régionales. Il s’apprête désormais à récupérer les concepts de fédéralisme et d’autonomie aux prochaines élections, pour que rien ne change bien sûr.
Loin de représenter le peuple breton, ce pouvoir est le relais institutionnel de l’Etat. Il voile son inutilité d’une communication de tous les instants.
Avec le vote favorable de 10% des inscrits, ce pouvoir représente qui ?
La démocratie nous échappe encore avec les communautés de communes qui éloignent le peuple de ses élus.
Le vieux monde politique, qui est aux affaires à Paris depuis si longtemps, est en perdition et nous subissons la polarisation des extrêmes avec son risque de guerre civile demain.
La république a vaincu la démocratie. Elle a généré une élite qui vit dans l’entre soi, coupée du peuple et repliée sur ses intérêts. Les grands commis de l’Etat ne songent plus qu’au pantouflage. Les inégalités de revenus ne cessent de croître. La devise liberté, égalité, fraternité nous ferait plutôt sourire.
Et si c’étaient les gilets jaunes qui avaient eu raison avant l’heure ? Ils exprimaient leur colère de laissés pour compte. Ils voulaient retrouver voix au chapitre et décider enfin des choses importantes qui les concernent
Pour redonner sens au lien social, la démocratie doit prendre sa revanche.
C’est une société démocratique que nous devons construire dans son fonctionnement quotidien, à l’image de la votation suisse. C’est au niveau local que la démocratie doit vibrer, avec le droit d’initier des referendums décisionnels. Il n’est rien de pire que ces consultations que n’on accorde au peuple pour ne jamais en suivre le résultat, ou ces pétitions qui débouchent sur la trahison de l’expression populaire comme en Loire-Atlantique à propos de la réunification de la Bretagne
C’est une autre culture démocratique que nous devons inventer et la Bretagne devrait montrer le chemin.
Car c’est au niveau local que vit la démocratie. Tout le reste n’est qu’hégémonie.
N’ayons plus peur du peuple ! C’est à lui de décider de ce qui le concerne, à commencer par le cadre territorial et juridique au sein duquel il souhaite s’exprimer.
Redonnons-lui la parole avant qu’il ne songe à la reprendre. C’est peut-être le seul moyen de se soustraire à la montée des haines et à l’avènement d’un pouvoir autoritaire, demain.
Yvon ollivier
auteur
Commentaires (7)
Oui à l'autonomie et à un pouvoir 'regional' représentatif dont le budget permettrait d'avancer. L'idée fait son chemin et il nous appartient de nous en saisir. Et il nous appartient de nous unir ! Mais s'il vous plaît ne pas citer les Jaunes en exemple, tout le contraire de la démocratie, du racisme, de l'idéologie masquée,des violences répétées, une incapacité d'écoute et de dialogue...il suffit de constater le parcours de ceux qui les ont menés par le bout du nez...Zemmour et extrême droite.
Il ne faut probablement pas aller trop vite en besogne dans l’analyse d’un mouvement comme celui des gilets jaunes. Il y avait de nombreuses forces en présence… et les gilets jaunes sont à l’origine de prises de conscience sur la situation des classes populaires en France.
Le danger en démocratie provient plutôt de la non représentation des classes populaires dans les partis politiques et dans les médias.
De ce point de vue, le fédéralisme est une organisation plus susceptible de reconnaître les attentes des citoyens, mais elle peut également déraper…
En démocratie, les contre pouvoirs sont des éléments aussi importants que les pouvoirs..
Excellente réflexion. Oui, la démocratie est à réinventer. Le cadre d’une res publica bretonne serait un rêve. Le parisianisme et l’état jacobins sont une plaie, mais ce qui se passe au niveau « national » se developpe tout autant au niveau des régions, des « pays ». Vous en citez un exemple; il y en aurait cent.
La Bretagne a aussi tous les atouts pour être écologiquement un pays propre, responsable, mais hélas, dans ce domaine non plus, peu de voix se font sérieusement entendre.
Lorsque Bretagne Réunie a porté l'affaire de la pétition devant la justice administrative, on aurait pu penser y voir plus+ clair. Alors que le vote consultatif des populations locales est prévu par la Constitution depuis 2003, pas la moindre explication sur comment celui-ci doit être mis en œuvre. Pourtant, l'accessibilité et l'intelligibilité de la norme juridique sont des exigences constitutionnelles.
La justice administrative n'a pas fourni d'explications pour savoir surtout QUI peut mettre en œuvre le vote consultatif des habitants de la Loire-Atlantique. Au niveau local, ce vote ne peut être que consultatif (à la limite, un référendum obligeant le Conseil départemental à faire sa demande de changement de région). Le vote décisionnel ne peut être que national (comme pour le référendum perdu de 1969). Pas si décisionnel que ça d'ailleurs : les députés avaient voté la régionalisation en 1972, alors qu'il aurait fallu attendre la nouvelle législature, l'Assemblée nationale ayant été élue en 1968, comme quoi le non au référendum était d'une légitimité plus+ récente.
Pour "redonner sens au lien social" il faudrait que chaque citoyen comprenne la situation de son prochain.
Les politiques sont habiles pour diviser : les chômeurs contre ceux qui travaillent, les "honnêtes gens" contre les "profiteurs" les actifs contre les retraités...
Le manque de tolérance, les à priori, ce sont eux qui fissurent le lien social.
Pour être " force de proposition" la société toute entière doit se fédérer autour de valeurs humanistes.
L'exemple des gilets jaunes illustre bien le manque de solidarité comme cause de la fin de tout mouvement populaire.
Les bénéfices secondaires de la division sont partagés par les politiques et aussi par les citoyens.
Ils se retrouvent invariablement sur le plan national comme sur le plan local.
La question est la suivante : comment faire des compromis pour le bien commun ?
Il faut des connaissances, de la culture et de la volonté pour que vive la démocratie sur le plan national et local.
C'est à cette condition qu'il sera possible de
"rendre la parole au peuple".
D.D
Auteure
La délinquance est la maladie du lien
Éditions Complicités.
Le référendum à l'échelle locale comme en Suisse semble à raison, représenter un premier échelon indispensable pour motiver les électeurs à revenir vers les urnes. Sarkozy a commis la faute originelle en 2005 en refusant de respecter les résultats du référendum de Rome II et en imposant le traité de Lisbonne par la voie parlementaire sans consulter le peuple.
Pour autant, il faudrait une refonte totale des institutions, du mode de scrutin... pour renouer avec le peuple et encore ! Personne ne semble choqué que des maires LFI comme celui de Saint Denis déclarent représenter le Peuple alors qu'ils ont été élus avec 10% des inscrits. Peu de voix s'élèvent pour dénoncer l'intrusion du PNF dans le jeu démocratique lorsqu'il s'attaque à des candidats aux présidentielles à quelques mois de l'échéance électorale.
Le conseil d'état et le conseil constitutionnel, désormais aux ordres du président de la république, invalident les lois votées au parlement. Le mode de scrutin à 2 tours permet d'organiser des alliances contre nature et entretient les magouilles politiciennes pour au final, sauvegarder les postes des copains. La dilution des responsabilités au travers du millefeuille administratif atteint des sommets. Quant aux électeurs Bretons ou Français, qu'ont-ils fait dernièrement? Ils ont reconduit Macron une 2ème fois aux présidentielles alors que son premier mandat était calamiteux et n'ont fait aucun choix clair lors des législatives. Le mal me semble bien plus profond que l'absence d'expression référendaire directe du peuple.
Je pense que chacun devrait faire son examen de conscience et renoncer à la lâcheté ambiante qui s'est installée depuis plusieurs décennies.
Les gilets jaunes exprimaient des frustrations très diverses, ce qui a permis une récupération par les politiques. Obtenir l'autonomie pour la Bretagne dans le cadre institutionnelle actuel de l'état Français aboutirait à un échec total, compte tenu de l'impuissance dans laquelle l'exécutif breton serait plongé. Si nous voulons l'autonomie, il nous faut en même temps faire évoluer les institutions de notre république malade et confisquée par l'Europe, le pouvoir judiciaire et la résilience des hauts fonctionnaires qui demeurent en place malgré les changements de ministres.
Le constat est terrible et en réalité, seule l'indépendance de la Bretagne pourrait nous sortir de l'ornière si nous refusons de nous laisser entrainer dans le gouffre dans lequel est en train de sombrer l'état français.
Bevet Breizh dieub !
A galon