Municipales 2026

Alors que le patron du Parti socialiste venait de déclarer, au vu des résultats du premier tour, qu'il n'était pas question d'un quelconque accord au plan « national » avec la LFI, on a vu très rapidement des fusions de listes se mettre en place pour le second tour. C'est que, voyez-vous, les électeurs n'avaient pas été assez subtils pour comprendre qu'entre le « national » et le « local », il y a un abîme.

Et pourtant, durant toutes les semaines précédant le scrutin, ce même Parti socialiste fustigeait avec raison la conduite de jeunes militants d'une organisation « proxy » de la LFI, dont certains membres se sont trouvés emprisonnés pour meurtre. Ce n'était d'ailleurs pas le seul grief que les hiérarques du PS faisaient aux membres de la LFI, puisqu'ils s'insurgeaient aussi contre leur « antisémitisme ».

Évidemment, le président du PS venait de s'apercevoir que son parti risquait de perdre nombre de ses fiefs.

C'est le cas tout particulièrement, pour ce qui nous intéresse, en Bretagne, où deux villes emblématiques voyaient leurs ancestrales suprématies remises en question. Nous voulons parler en premier de Brest, où le maire sortant, en poste depuis un quart de siècle, est arrivé deuxième du scrutin avec seulement 23,8 % des suffrages, derrière Stéphan Roudaut (30,24 %). La décence et la morale eussent exigé qu'il se retirât dignement, vu son âge, et ce d'autant plus que le chef du PS finistérien et son directeur de campagne avaient, en février dernier, rejeté tout accord avec la LFI qui « par son sectarisme et la brutalisation du débat politique s'était isolée d'elle-même ». Pire encore, François Hollande, venu en renfort à Brest pour la campagne, n'avait-il pas rejeté toute idée d'un quelconque accord la veille de la signature ? Mais sans doute, à 70 ans, François Cuillandre craignait-il d'avoir besoin de son indemnité de maire (5 900 euros mensuels) pour finir ses vieux jours.

Le cas de Nantes est tout autant scandaleux. La maire sortante, qui occupe cette fonction depuis avril 2014, préside Nantes Métropole et France urbaine, Johanna Rolland, s'est trouvée talonnée par Chambart de Lauwe. Oublié son soutien à la liste de Raphaël Glucksmann aux élections européennes de 2009. Johanna Rolland a vite fait ses comptes et s'est empressée de négocier avec William Aucant, tête de liste des Insoumis, qui, avec ses 11,2 %, avait décidé de se maintenir. Oubliées les frasques du député LFI Andy Kerbrat, qui s'était illustré en étant surpris à acheter de la drogue à un mineur dans le métro parisien. Une indemnité mensuelle de 9 000 euros rend réaliste.

Cerise sur le « gâteau nantais » : l'UDB, avec deux représentants, se retrouve dans cette fusion, ainsi que le sénateur Ronan Dantec, qui, depuis longtemps, a mis de côté son « régionalisme breton ». Notons aussi la présence d'Aziliz Gouez, qui porte également la casquette d'élue à l'Assemblée B4. Ces « militants bretons » auraient-ils oublié les invectives du patron de la France insoumise contre Diwan, qualifiée de « secte », ainsi que son opposition totale à la signature par la France de la Charte européenne des langues minoritaires ?

On ne peut que constater que ces « défenseurs de la cause bretonne » ont abandonné toute notion éthique au profit de l'alimentaire. Si cette liste gagne le second tour du scrutin, on ne voit pas comment ni la réunification ni la lutte pour un statut différencié pour la Bretagne pourront progresser d'une quelconque façon. Leur façon de faire n'aura contribué qu'à fortifier le désenchantement, pour ne pas dire l’écœurement, des citoyens envers la classe politique de notre pays.

Tiern e peb amzer.

Dr Jean LE MEE, président de l’AFB-EKB.