
Réuni samedi à Bourbriac pour son retour sur la scène militante bretonne, le collectif Ai'ta ! a décerné ses premiers « Disprizioù ar brezhoneg », des distinctions satiriques attribuées à des collectivités, médias et responsables et acteurs jugés les plus méprisants à l'égard de la langue bretonne et de ses locuteurs.
BOURBRIAC — Comme annoncé, le collectif Ai'ta ! a fait son retour sur la scène militante bretonne ce samedi 6 juin à Bourbriac en organisant la première cérémonie des « Disprizioù ar brezhoneg » (« Mé-prix de la langue bretonne »), une remise de distinctions satiriques destinée à pointer du doigt les acteurs jugés les plus méprisants à l'égard de la langue bretonne et de ses locuteurs.
Devant plusieurs dizaines de personnes réunies sur la place de Bourbriac, les militants ont décerné des prix dans plusieurs catégories, mêlant humour, ironie et critique politique.
Signalétique
Dans la catégorie signalétique, le premier prix revient à la commune de Bulat-Pestivien (Côtes-d'Armor), accusée d'avoir récemment rénové l'ensemble de sa signalétique communale sans y intégrer le moindre mot de breton. Larmor-Baden obtient le deuxième prix pour la disparition de nombreux toponymes bretons de ses panneaux, tandis que le festival En Arwen de Cléguérec est distingué pour l'absence de langue bretonne dans sa communication. Un « prix spécial du jury » a également été attribué à Locronan pour une signalétique bilingue dont la traduction réalisée par intelligence artificielle comporterait de nombreuses erreurs.
Médias
Dans la catégorie médias, Ai'ta ! décerne le premier prix à Ici Breizh Izel, dont la direction est critiquée pour la réduction progressive de la place du breton à l'antenne. France 3 Bretagne reçoit le deuxième prix, notamment en raison des modifications fréquentes de programmation affectant l'émission Bali Breizh. Le troisième prix revient à l'émission C Jamy consacrée à la Bretagne, accusée par le collectif de véhiculer clichés et contre-vérités sur la langue bretonne.
Éducation
Dans la catégorie éducation, le premier prix est attribué à la commune de Bourbriac et à ses élus, notamment l'ancienne maire Claudine Guillou, pour n'avoir pas permis le maintien de l'école Diwan sur la commune. Le Conseil départemental des Côtes-d'Armor reçoit le deuxième prix pour son absence de soutien au projet de collège Diwan de Perros-Guirec et pour les inquiétudes entourant l'avenir du collège Diwan de Plésidy. L'Inspection académique de Bretagne complète le podium en raison de ses suppressions de postes dans l'enseignement bilingue.
Un prix spécial « Benjamin Morel » a été attribué à l'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer pour des déclarations jugées hostiles aux langues minorisées.
Enfin, le « Grand prix du non-brittophone de l'année » a été décerné ex aequo à Pierre-Yves Thomas et Julie Dénès, conseillers municipaux d'opposition à Carhaix. Ai'ta ! leur reproche leurs prises de position concernant l'usage du breton dans la vie municipale carhaisienne.
Comme aucun des lauréats n'était présent pour recevoir son trophée, le collectif indique qu'il entend leur faire parvenir leurs récompenses. Cette cérémonie marque officiellement le retour d'Ai'ta ! après plusieurs années de discrétion. Le collectif annonce d'ores et déjà de nouvelles actions en faveur de la langue bretonne.
Commentaires (1)
Bravo Ai'ta ! Votre sens critique, votre humour acide et votre activisme pêchu mais non-violent manquaient énormément au paysage militant breton. Soyez remerciés de ce retour attendu et mes meilleurs voeux de continuité, de dynamisme et de succès !