Dans son nouvel essai, *Le retour des nations périphériques*, publié aux éditions Alouarn, le magistrat et écrivain breton Yvon Ollivier dresse un réquisitoire contre le centralisme français. Convaincu que l'État-nation traverse une crise profonde, il voit dans les peuples historiques, dont la Bretagne, les fondements possibles d'un nouvel ordre politique. Un livre ambitieux, parfois radical, préfacé par le géographe Jean Ollivro.

« Ce bouquin arrive juste au moment où l'État rencontre le mur ! », nous écrivait récemment Yvon Ollivier. Cette formule résume assez bien le propos de son nouvel ouvrage, qui ne se limite pas à dénoncer les dysfonctionnements de la République française : il annonce l'épuisement d'un modèle politique et envisage ce qui pourrait lui succéder.

Le livre, qui compte 317 pages de texte, suit une progression en cinq chapitres aux intitulés révélateurs : *Dominer*, *Convertir*, *Assimiler*, *S'effondrer*, puis *Nos vieilles nations périphériques comme recours*.

La France, un État avant d'être une nation

La thèse centrale d'Yvon Ollivier est que la France s'est construite davantage par la puissance de son État que par l'adhésion spontanée de ses peuples. De la monarchie à la République, le pouvoir parisien aurait poursuivi une même ambition : imposer l'unité politique, administrative, culturelle et linguistique à des territoires historiquement différents.

Pour l'auteur, la Révolution française n'a pas rompu avec cette tradition centralisatrice. Elle lui aurait au contraire donné une nouvelle légitimité en érigeant l'unité et l'indivisibilité en principes supérieurs.

La République devient ainsi, sous sa plume, une sorte de religion politique dont les valeurs proclamées servent parfois à justifier la disparition des différences.

La Bretagne, comme la Corse, le Pays basque ou l'Occitanie, apparaît dans cette analyse comme une nation historique privée de reconnaissance politique.

Ce raisonnement n'est pas nouveau dans la littérature politique bretonne. Mais Yvon Ollivier le développe en juriste, attentif aux mécanismes par lesquels le droit peut autant protéger les libertés que consacrer la domination d'un pouvoir central.

Une décentralisation qui ne change pas l'essentiel

L'un des passages les plus convaincants concerne la décentralisation. Yvon Ollivier considère que les réformes engagées depuis 1982 n'ont pas véritablement transféré le pouvoir de décision aux territoires. Elles auraient surtout créé de nouveaux échelons administratifs, de nouveaux élus et de nouvelles dépenses, sans remettre en cause la prééminence de l'État.

Le constat mérite discussion, mais il touche une contradiction bien réelle : les collectivités territoriales disposent de responsabilités importantes tout en demeurant largement dépendantes des règles et des ressources déterminées à Paris.

L'auteur va cependant plus loin en questionnant la signification profonde de cette décentralisation. Et si elle n’avait pas d’autre objet que de maintenir un système fondé sur la domination du centre en faisant des élus locaux les meilleures cautions d’un régime dominateur ?

L'effondrement annoncé de l'État français

La quatrième partie constitue le tournant de l'ouvrage. Yvon Ollivier ne croit plus à une réforme progressive du système. Endettement public, affaiblissement démocratique, inégalités territoriales, défiance envers les institutions et tentation autoritaire formeraient, selon lui, les symptômes d'une crise devenue structurelle.

Son analyse rejoint certaines inquiétudes contemporaines sur l'état des finances publiques et le fonctionnement des institutions françaises.

L'auteur défend l’idée que nous irons vers une crise profonde, car l’Etat n’a plus les ressources de la réforme. Plus que jamais la société n’attend que des largesses de l’Etat créance. Le risque est grand de l’accession de l’extrémisme au pouvoir, mais c’est dans la crise qu’une nation est contrainte de repenser son unité.

L’auteur évoque aussi l'immigration et l'islam pour mieux souligner les contradictions inhérentes à la construction étatique France. L’immigration est une réalité souhaitable sur le plan économique. Or, cette présence vient questionner le rapport à l’Autre en France, fondé sur la nécessité d’assimiler ou de faire disparaître la moindre différence visible. C’est un facteur de mal être qui nourrit la montée des extrêmes.

Yvon Ollivier y voit des facteurs supplémentaires de déstabilisation de la société française.

L’auteur fait le lien direct entre le jacobinisme ou « l’unité fondée contre l’Autre » avec la montée du RN. Selon lui, le rapport à l’Autre en France, fondé sur la nécessité de subjuguer et d’assimiler, est déviant et devra nécessairement évoluer au sein d’une société ouverte et démocratique.

Les vieilles nations comme recours démocratique

C'est dans sa dernière partie que le livre devient le plus original.

Yvon Ollivier ne propose pas simplement de remplacer un État centralisé par plusieurs États indépendants reproduisant les mêmes mécanismes de domination. Il défend une autre conception du politique, fondée sur des communautés humaines à taille plus modeste, attachées à leur territoire, à leur langue et à leur culture.

La souveraineté qu'il envisage n'est pas absolue. Elle doit pouvoir se partager et s'exercer à différents niveaux, en fonction des besoins communs.

Cette vision rejoint certains principes du fédéralisme et de la subsidiarité, même si l'auteur privilégie une approche plus communautaire que strictement institutionnelle.

Dans les dernières pages, il défend des communautés démocratiques, solidaires, soucieuses de leur environnement et capables d'accueillir les nouveaux arrivants. Il appelle notamment à développer la démocratie directe et le référendum d'initiative populaire.

Reste une question essentielle : comment passer de cette philosophie politique à des institutions concrètes ? Quels seraient les rapports entre ces communautés, leurs compétences, leurs ressources et leurs obligations réciproques ?

Un essai qui oblige à réfléchir

Dans sa préface, Jean Ollivro souligne lui-même le paradoxe de l'expression « nation périphérique ». La Bretagne n'est périphérique que si l'on considère Paris comme le centre naturel de son univers. Elle peut aussi être envisagée comme un espace historique possédant sa propre centralité, ouvert sur l'Atlantique et sur le monde.

C'est peut-être là que réside la principale force de cet essai : nous inviter à sortir d'une représentation de la France dans laquelle les territoires n'existent politiquement qu'en fonction de leur distance au centre.

On ne partagera pas nécessairement les conclusions d'Yvon Ollivier, ni son pessimisme sur l'avenir de l'État français. Mais son livre pose une question fondamentale : une démocratie peut-elle durablement ignorer l'existence des peuples et des communautés historiques qui la composent ?

Le retour des nations périphériques apporte une contribution stimulante à ce débat.

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Yvon Ollivier, magistrat et écrivain breton

Originaire d'une famille paysanne du Léon, Yvon Ollivier a exercé les fonctions de magistrat, notamment à Nantes. Engagé dans la défense de l'unité territoriale de la Bretagne, il a participé à la Coordination des juristes de Bretagne et est membre de l'Institut culturel de Bretagne.

Il est notamment l'auteur de *La Désunion française. Essai sur l'altérité au sein de la République* (L'Harmattan, 2012), qui dénonçait déjà les contradictions du modèle assimilationniste français ; de *La France comme si… ou l'improbable réforme du système jacobin* (Le Temps Éditeur, 2015) ; et de *Le Livre blanc de l'unité de la Bretagne* (Yoran Embanner, 2018), ouvrage collectif qu'il a coordonné.

Le retour des nations périphériques, Yvon Ollivier, préface de Jean Ollivro, Alouarn Éditions, 2026.

Note : Cet article a été préparé avec l'assistance d'outils d'intelligence artificielle. Les informations, la vérification des faits et la version finale demeurent sous la responsabilité du journaliste ou du responsable de la communication de l'organisation.