Les Pardons, un aspect culturel breton unique
Présentation de livre de Philippe Argouarch

Publié le 4/08/15 13:55 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Dans son dernier numéro d'août-septembre 2015, le mensuel BRETONS s'interroge en titrant "Les Bretons ont-ils toujours la Foi ?" Effectivement, la pratique religieuse en Bretagne "est en chute libre" sans parler des vocations en voie de disparition.

Une pratique religieuse en plein recul

Dans son reportage, Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, donne les chiffres : si 67% des Bretons se disent catholiques, ils sont juste au dessus de la moyenne française, mais en dessous des alsaciens (72%) ou des mosellans (80%) et le taux de pratiquants est tombé à 14,5% en région Bretagne.

Malgré tout, le patrimoine religieux du bâti reste extraordinaire. Les chapelles, même si la moitié ont disparu en particulier en Haute Bretagne (80% ont disparu en Ille-et-Vilaine et en Loire Atlantique selon Bernard Rio), sont le plus souvent maintenues ou restaurées par des associations locales.

Un visage breton de la tradition chrétienne

Le phénomène religieux a un nouveau visage en Bretagne. Si Rome est en déclin, les aspects bretons de la foi sont en pleine renaissance. Philippe Abjean a réussi à relancer le Tro Breizh, un pèlerinage annuel autour des saints fondateurs dont la dernière étape est partie de Vannes samedi dernier. La ferveur autour de la Vallée des Saints, un projet aussi lancé par Philippe Abjean, montre que les Bretons, s'ils ne sont plus adeptes de la messe du dimanche, sont volontiers enclins à exprimer un christianisme un peu moins romain (catholique) et un peu plus breton, voire celtique. Le Tro Breizh en est un des exemples, comme le culte des saints fondateurs et autres missionnaires venus d'Irlande ou de Grande Bretagne, des cultes qui persistent.

Les pardons sont une spécificité bretonne, unique dans la chrétienté. Dans son excellent livre, aux éditions Le Passeur, Sur les chemins des Pardons et pèlerinages en Bretagne paru en 2015, Bernard Rio fait un recensement de cette tradition bretonne qui fait partie intégrale de notre patrimoine religieux. Comme Bernard Rio l'écrit dès le début de son livre "Le pardon breton n'a pas d'équivalent en France". Il est à la fois "religieux et profane, chrétien et païen , acte de piété individuelle et manifestation communautaire", explique-t-il.

Même si le mot de "pardon" en lui-même suggère les abus des indulgences qui ont donné naissance au protestantisme au XVIe siècle, il en est l'antithèse car, comme l'explique Bernard Rio, dans le pardon breton, ce n'est pas l'église via le prêtre qui pardonne mais bien le saint local lui-même, un saint protecteur souvent fondateur du village dont les aventures extraordinaires sont conservées dans une vita.

Les druides pas complètement disparus

Bernard Rio va jusqu'à écrire que "Le pardon est l'une des clés pour la compréhension de la Bretagne" car pour lui les moines missionnaires irlandais arrivés en Armorique aux Ve et VIe siècles, ont opéré "un transfert mythologique". Bernard Rio voit dans les pardons, une adaptation d'anciens rites païens autour de divinité locales. C 'est d'ailleurs ce qu'avait démontré Donatien Laurent au sujet de La Troménie de Locronan qui n'est autre qu'une ancienne fête de lug, alors célébrée à Lugnassad , le 1er août, 40 jours après l'équinoxe. A Tréguier, le culte officiel de Saint-Yves Hélory de Kermatin, le saint catholique, est doublé d'un "culte officieux" de Saint-Yves-de-vérité, un culte beaucoup plus ancien d'un dieu justicier qui, lui, ne pardonnait rien [2].

Les pardons bretons sont loin d'être en voie de disparition : celui de Porcaro (voir le site) une petite commune de 645 habitants entre Guer et Ploërmel, rassemble 20 000 motards tous les 15 août, le Tro Breizh, 1 500 marcheurs, et le grand pardon de Saint-Anne d'Auray (voir nos photos) entre 20 et 30 000 pèlerins.

Notes :

[1] Donatien Laurent, « La troménie de Locronan : Rite, espace et temps sacré », in Saint Ronan et la Troménie : Actes du colloque international, 28-30 avril 1989, Brest, Locronan : CRBC, Association Abardaeziou Lokorn, 1995, pp.12-57.

[2] La notion de pardon semble une doctrine spécifiquement catholique. Les religions dites protestantes ne l'ont pas reprise. Pour les Protestants comme pour les anciens Païens, Dieu ne pardonne rien du tout. Dans les religions orientales, le concept de karma, prédomine aussi partout.

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 1 commentaires
MANSKER
2015-08-09 14:53:31
S'il faut considérer que le fait de participer à un office avec le fait d'avoir la foi est en relation, je pense que l'on se trompe énormément. On peut très bien avoir la foi et vivre comme un parfait chrétien sans participer aux offices. Le bon chrétien serait-il astreint à se rendre obligatoirement à la messe tous les dimanches ? pour être vraiment chrétien, je pense que non. « La chute libre » que vous évoquez serait plutôt à mettre du côté de Rome.
Ceci étant ce ne sont pas les Bretons qui se sont détachés de l’Église, mais bien les prêtres de leurs ouailles, dont ils en ont normalement la bonne garde. Mais il est vrai que si l'on se comporte comme un fonctionnaire ( il en existe de très bons), avec des horaires de bureau au centième de seconde près, on risque d'avoir le résultat lamentable visible de nos jours (pour l'avoir vécu personnellement).
Pour ne parler que de cela, et pas d'autres choses honteuses qui ont durablement déshonoré cette profession... ( je devrais dire vocation, mais elle est si rare).
Alors ce sont des hommes courageux qui s'attellent à une tâche qui ne leur incombe pas de tenir le flambeau.
Quand aux Pardons dont vous faites allusions dans votre article, ils sont millénaires, et ont cette particularité d'avoir perduré en Bretagne. Allez savoir pourquoi, la proche Irlande y est peut-être pour quelque chose, les valeurs, la foi en des hommes courageux qui surent diriger leurs peuples, ces saints fondateurs maniant le temporel comme le spirituel.
Les Pardons anciens sont nés en France, et en Bretagne, par le fait des Romains. Les vieux peuples celtiques avaient cette néfaste propension à souvent se chicaner, pour un oui ou pour un non. Alors les Romains les firent se rassembler un jour de l'année (lieu de la Rencontre), pour vider leurs querelles dans des jeux on ne peut plus pacifiques. Auparavant c'était les batailles claniques qui désignaient les vainqueurs (sélection naturelle), aujourd'hui c'est le meilleur qui gagnerait, et qui deviendrait le roi... de la fête. Les noms sont passés à la postérité, comme le Roy.
Qui ne se souvient pas, au siècle passé, de ces batailles de quartier avec des gamins qui se jetaient des pierres ou tout autre objet. C'est une réminiscence de cette antique tradition de « c'est moi le meilleur ! ».
La naissance du protestantisme ( terme au demeurant barbare), est née de ce manque de clairvoyance dans la politique du clergé. Bien des années et des siècles auparavant, de nombreux hommes d’Église payèrent de leurs vies une possible idée de rénovation, et s'élevèrent contre ces indulgences. A vrai dire la crise constitutionnelle qui eut lieu dans le sein même de l’Église était le résultat que tout se monnayait, y compris les pires crimes.
En se rapprochant du peuple, le clergé aurait tout à y gagner. L'exemple de Porcaro est à multiplier à profusion.
Quand au Pardon de Sainte-Anne-d'Auray, il est né plus de mille ans après celui de Sainte-Anne-la-Palud, chapelle située dans la mythique baie de Douarnenez, qui est un des plus anciens de Bretagne (au VIème siècle), et dont Anatole le Braz en fit écho dans un de ses nombreux ouvrages, en évoquant « le Pardon de la Mer ». Il était très fréquenté au XIIIème siècle.
En résumé les « Pardons bretons » sont une particularité bretonne, qui a perduré à travers les âges, nous léguant la vive foi de nos ancêtres dont nous pouvons encore en chanter les louanges dans nos cantiques anciens comme : « Da feiz hon tadoù cozh », la foi en son pays au travers de la même foi des sept premiers saints bâtisseurs.
Une dualité qui fut bénéfique en son temps, mais qui se noie dans un dédale d'obscurantisme voulu et dirigé par les ennemis du bien et des traditions ancestrales, non dénuées de bon sens.
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